A Botrel
L’âme de ta patrie a pénétré notre âme,
Et son cœur par tes chants a fait vibrer nos cœurs,
O poète breton! De ton souffle de flamme
S’échappent en rayons ses exquises senteurs.
Tous déjà, nous l’aimions ce pays qui t’est cher,
Avec sa lande verte et ses rudes montagnes,
Ses granits tant vantés et son étrange mer
Qui sanglote toujours le deuil de vos compagnes.
Combien nous aimerons les contes des lits-clos,
Les légendes des vieux de la côte bretonne,
Nous aimerons bien plus ce fier peuple en sabots
Que ta chanson nous dit avoir l’âme si bonne!
Déjà, tu veux partir!—Avec profond regret
Nous verrons s’éloigner de la France nouvelle
Le barde très gaulois, la fileuse au rouet
Dont le charme enchanteur rend ton œuvre plus belle.
O ta douce Bretagne où l’on chante, où l’on prie!
Il te tarde revoir le cher sol de Port-Blanc,
Son clocher et ses rocs embellissant ta vie
Avec les braves gens que ton cœur aime tant!
Barde! j’évoque ainsi votre patrie absente,
Pardonnez-moi tous deux, ô gentils troubadours,
Car c’est bien elle enfin, que votre voix vibrante
Chante en accents émus. Beau pays de velours!
Mais tu verras Québec aux vieux murs lézardés,
La ville aux souvenirs te semblera bretonne
Peut-être, et si tu vas à la Côte Beaupré
Sainte Anne te dira qu’elle est notre patronne.
Trop tôt, vous partirez au pays de St-Yves
Humer l’air des ajoncs! A “Ti-Chansonniou”
Vous parviendront encor les parfums de nos rives
Doux pinson et fauvette, amis, souvenez-vous!