“Mais alors,” pensa Alice, “ne serai-je donc jamais plus vieille que je ne le suis maintenant? D’un côté cela aura ses avantages, ne jamais être une vieille femme. Mais alors avoir toujours des leçons à apprendre! Oh, je n’aimerais pas cela du tout.”

“Oh! Alice, petite folle,” se répondit-elle. “Comment pourriez-vous apprendre des leçons ici? Il y a à peine de la place pour vous, et il n’y en a pas du tout pour vos livres de leçons.”

Et elle continua ainsi, faisant tantôt les demandes et tantôt les réponses, et établissant sur ce sujet toute une conversation; mais au bout de quelques instants elle entendit une voix au dehors, et s’arrêta pour écouter.

“Marianne! Marianne!” criait la voix; “allez chercher mes gants bien vite!” Puis Alice entendit des piétinements dans l’escalier. Elle savait que c’était le Lapin qui la cherchait; elle trembla si fort qu’elle en ébranla la maison, oubliant que maintenant elle était mille fois plus grande que le Lapin, et n’avait rien à craindre de lui.

Le Lapin, arrivé à la porte, essaya de l’ouvrir; mais, comme elle s’ouvrait en dedans et que le coude d’Alice était fortement appuyé contre la porte, la tentative fut vaine. Alice entendit le Lapin qui murmurait: “C’est bon, je vais faire le tour et j’entrerai par la fenêtre.”

“Je t’en défie!” pensa Alice, Elle attendit un peu; puis, quand elle crut que le Lapin était sous la fenêtre, elle étendit le bras tout à coup pour le saisir; elle ne prit que du vent. Mais elle entendit un petit cri, puis le bruit d’une chute et de vitres cassées (ce qui lui fit penser que le Lapin était tombé sur les châssis de quelque serre à concombre), puis une voix colère, celle du Lapin: “Patrice! Patrice! où es-tu?” Une voix qu’elle ne connaissait pas répondit: “Me v’là, not’ maître! J’ bêchons la terre pour trouver des pommes!”

“Pour trouver des pommes!” dit le Lapin furieux. “Viens m’aider à me tirer d’ici.” (Nouveau bruit de vitres cassées.)

“Dis-moi un peu, Patrice, qu’est-ce qu’il y a là à la fenêtre?”