La première chose qu’elle entendit fut un cri général de: “Tiens, voilà Jacques en l’air!” Puis la voix du Lapin, qui criait: “Attrapez-le, vous là-bas, près de la haie!” Puis un long silence; ensuite un mélange confus de voix: “Soutenez-lui la tête.—De l’eau-de-vie maintenant.—Ne le faites pas engouer.—Qu’est-ce donc, vieux camarade?—Que t’est-il arrivé? Raconte-nous ça!”
Enfin une petite voix faible et flûtée se fit entendre. (“C’est la voix de Jacques,” pensa Alice.) “Je n’en sais vraiment rien. Merci, c’est assez; je me sens mieux maintenant; mais je suis encore trop bouleversé pour vous conter la chose. Tout ce que je sais, c’est que j’ai été poussé comme par un ressort, et que je suis parti en l’air comme une fusée.”
“Ça, c’est vrai, vieux camarade,” disaient les autres.
“Il faut mettre le feu à la maison,” dit le Lapin.
Alors Alice cria de toutes ses forces: “Si vous osez faire cela, j’envoie Dinah à votre poursuite.”
Il se fit tout à coup un silence de mort. “Que vont-ils faire à présent?” pensa Alice. “S’ils avaient un peu d’esprit, ils enlèveraient le toit.” Quelques minutes après, les allées et venues recommencèrent, et Alice entendit le Lapin, qui disait: “Une brouettée d’abord, ça suffira.”
“Une brouettée de quoi?” pensa Alice. Il ne lui resta bientôt plus de doute, car, un instant après, une grêle de petits cailloux vint battre contre la fenêtre, et quelques-uns même l’atteignirent au visage. “Je vais bientôt mettre fin à cela,” se dit-elle; puis elle cria: “Vous ferez bien de ne pas recommencer.” Ce qui produisit encore un profond silence.
Alice remarqua, avec quelque surprise, qu’en tombant sur le plancher les cailloux se changeaient en petits gâteaux, et une brillante idée lui traversa l’esprit. “Si je mange un de ces gâteaux,” pensa-t-elle, “cela ne manquera pas de me faire ou grandir ou rapetisser; or, je ne puis plus grandir, c’est impossible, donc je rapetisserai!”
Elle avala un des gâteaux, et s’aperçut avec joie qu’elle diminuait rapidement. Aussitôt qu’elle fut assez petite pour passer par la porte, elle s’échappa de la maison, et trouva toute une foule d’oiseaux et d’autres petits animaux qui attendaient dehors. Le pauvre petit lézard, Jacques, était au milieu d’eux, soutenu par des cochons d’Inde, qui le faisaient boire à une bouteille. Tous se précipitèrent sur Alice aussitôt qu’elle parut; mais elle se mit à courir de toutes ses forces, et se trouva bientôt en sûreté dans un bois touffu.
“La première chose que j’aie à faire,” dit Alice en errant çà et là dans les bois, “c’est de revenir à ma première grandeur; la seconde, de chercher un chemin qui me conduise dans ce ravissant jardin. C’est là, je crois, ce que j’ai de mieux à faire!”