“Alors vous devriez dire ce que vous voulez dire,” continua le Lièvre.
“C’est ce que je fais,” répliqua vivement Alice.
“Du moins——je veux dire ce que je dis; c’est la même chose, n’est-ce pas?”
“Ce n’est pas du tout la même chose,” dit le Chapelier. “Vous pourriez alors dire tout aussi bien que: ‘Je vois ce que je mange,’ est la même chose que: ‘Je mange ce que je vois.’”
“Vous pourriez alors dire tout aussi bien,” ajouta le Lièvre, “que: ‘J’aime ce qu’on me donne,’ est la même chose que: ‘On me donne ce que j’aime.’”
“Vous pourriez dire tout aussi bien,” ajouta le Loir, qui paraissait parler tout endormi, “que: ‘Je respire quand je dors,’ est la même chose que: ‘Je dors quand je respire.’”
“C’est en effet tout un pour vous,” dit le Chapelier. Sur ce, la conversation tomba et il se fit un silence de quelques minutes. Pendant ce temps, Alice repassa dans son esprit tout ce qu’elle savait au sujet des pies et des pupitres; ce qui n’était pas grand’chose.
Le Chapelier rompit le silence le premier. “Quel quantième du mois sommes-nous?” dit-il en se tournant vers Alice. Il avait tiré sa montre de sa poche et la regardait d’un air inquiet, la secouant de temps à autre et l’approchant de son oreille.
Alice réfléchit un instant et répondit: “Le quatre.”
“Elle est de deux jours en retard,” dit le Chapelier avec un soupir. “Je vous disais bien que le beurre ne vaudrait rien au mouvement!” ajouta-t-il en regardant le Lièvre avec colère.