“Le procès ne peut continuer,” dit le Roi d’une voix grave, “avant que les jurés soient tous à leurs places; tous!” répéta-t-il avec emphase en regardant fixement Alice.
Alice regarda le banc des jurés, et vit que dans son empressement elle y avait placé le Lézard la tête en bas, et le pauvre petit être remuait la queue d’une triste façon, dans l’impossibilité de se redresser; elle l’eut bientôt retourné et replacé convenablement. “Non que cela soit bien important,” se dit-elle, “car je pense qu’il serait tout aussi utile au procès la tête en bas qu’autrement.”
Sitôt que les jurés se furent un peu remis de la secousse, qu’on eut retrouvé et qu’on leur eut rendu leurs ardoises et leurs crayons, ils se mirent fort diligemment à écrire l’histoire de l’accident, à l’exception du Lézard, qui paraissait trop accablé pour faire autre chose que demeurer la bouche ouverte, les yeux fixés sur le plafond de la salle.
“Que savez-vous de cette affaire-là?” demanda le Roi à Alice.
“Rien,” répondit-elle.
“Rien absolument?” insista le Roi.
“Rien absolument,” dit Alice.
“Voilà qui est très-important,” dit le Roi, se tournant vers les jurés. Ils allaient écrire cela sur leurs ardoises quand le Lapin Blanc interrompant: “Peu important, veut dire Votre Majesté, sans doute,” dit-il d’un ton très-respectueux, mais en fronçant les sourcils et en lui faisant des grimaces.
“Peu important, bien entendu, c’est ce que je voulais dire,” répliqua le Roi avec empressement. Et il continua de répéter à demi-voix: “Très-important, peu important, peu important, très-important;” comme pour essayer lequel des deux était le mieux sonnant.
Quelques-uns des jurés écrivirent “très-important,” d’autres, “peu important.” Alice voyait tout cela, car elle était assez près d’eux pour regarder sur leurs ardoises. “Mais cela ne fait absolument rien,” pensa-t-elle.