La flamme, d’abord éparse, se réunit en un seul foyer qui, d’un bord à l’autre, remplit tout le fossé, et monte si haut dans le ciel, qu’elle pourrait sécher le cercle humide qui entoure la lune. Au-dessus roule une nuée épaisse et noire qui cache le soleil et éteint la clarté du jour. On entend des détonations continues, semblables au bruit formidable et lugubre du tonnerre.
Un concert horrible de plaintes, une épouvantable harmonie de reproches amers, les hurlements, les cris des malheureux qui périssent dans cette fournaise par la faute de leur chef, se mêlent d’une manière étrange au sifflement féroce de la flamme homicide. C’est assez, seigneur, c’est assez pour ce chant. Ma voix s’enroue, et je désire me reposer un peu.
FIN DU TOME PREMIER.
NOTES DU TOME PREMIER.
CHANT PREMIER
[16] Page 1, ligne 7 et page 2, ligne 1. — Qui s’était vanté de venger la mort de Trojan. — Trojan était le père d’Agramant. Roland lui avait donné la mort. (Voir le premier chant du livre Ier du poème de Roland amoureux, par Boïardo.)
[17] Page 2, ligne 3. — Je dirai de Roland… — Le Roland du poème d’Arioste est celui que la légende a immortalisé, sans qu’on ait encore pu savoir s’il a vraiment existé un personnage de ce nom. D’après cette légende, Roland était fils de Milon, comte d’Anglante (Angers), et de Bertha, l’une des filles de Charlemagne. Il reçut de l’empereur la sénatorerie de Rome, le marquisat de Brava (peut-être Bourges, que les Latins appelaient Bravium) et le comté d’Anglante, qui lui venait de son père.
[18] Page 2, lignes 7 et 8. — Par celle qui en a fait quasi autant de moi. — On croit que le poète a fait ici allusion à Alessandra Benucci, dame florentine, veuve de Tito Strozzi, et qui habitait à la cour du duc de Ferrare. Arioste l’avait connue à Florence lorsqu’il s’y arrêta, à son retour de Rome en 1513, pour les fêtes de la Saint-Jean. Il l’épousa secrètement, probablement en 1527. Elle lui survécut dix-neuf ans, étant morte en septembre de l’année 1552.
[19] Page 2, ligne 12. — Qu’il vous plaise, race généreuse d’Hercule. — Arioste a dédié son poème au cardinal Hippolyte d’Este, fils d’Hercule Ier, deuxième duc de Ferrare, à la cour duquel le poète vécut quelque temps.
[20] Page 2, lignes 28 et 29. — … Avait dans l’Inde, en Médie, en Tartarie, laissé d’infinis et d’immortels trophées. — Voir, au sujet des amours de Roland pour Angélique, et de ses exploits en Asie, le poème de Boïardo. Angélique et son frère Argail, tous deux enfants de Galafron, roi du Cathay (province du nord de la Chine), avaient été envoyés par leur père en France, afin de s’emparer par force ou par ruse des paladins de Charles, et de les lui amener prisonniers. Angélique avait pour arme son éclatante beauté. Son frère possédait une lance d’or qui était fée et qui renversait quiconque en était touché ; le cheval Rabican, plus rapide que le vent et qui se nourrissait d’air ; enfin un anneau qui rendait invisible dès qu’on le mettait dans la bouche et qui, porté au doigt, rompait tous les enchantements. Toutes ces choses sont longuement racontées par Boïardo.