Voici la femme, la mère, les sœurs et les cousines de mon seigneur de Bozzolo, avec les Torella, les Bentivoglio, les Visconti et les Palavicini. Parmi toutes les dames de nos jours, parmi celles que la renommée a rendues illustres chez les Grecs, les Barbares ou les Latins, aucune n’a eu et n’a la grâce et la beauté
De Giulia Gonzaga. Partout où elle porte ses pas, partout où elle tourne ses regards sereins, non seulement toutes les autres beautés s’effacent, mais on l’admire comme une déesse descendue du ciel. Près d’elle est sa cousine, dont la fortune en courroux n’a jamais pu ébranler la fidélité. Voici Anna d’Aragon, flambeau de la maison du Guast,
Anna, belle, gente, courtoise et sage, sanctuaire de chasteté, de fidélité et d’amour. Sa sœur est avec elle ; partout où rayonne son altière beauté, toutes les autres sont éclipsées. Voici celle qui, donnant un exemple unique au monde, et bravant les Parques et la mort, a arraché aux sombres plages du Styx, et a fait resplendir au ciel son invincible époux.
Là sont les dames de Ferrare et celles de la cour d’Urbino. Je reconnais celles de Mantoue, et toutes les belles que possèdent la Lombardie et le pays toscan. Si mes yeux ne sont point éblouis par l’éclat de visages si beaux, le chevalier qui s’avance au milieu d’elles, et qu’elles entourent de tant de respect, est la grande lumière d’Arezzo, l’unique Accolti.
Je vois aussi dans ce groupe Benedetto, son neveu, qui porte le chapeau et le manteau de pourpre ; il est, avec le cardinal de Mantoue et celui de Campeggio, la gloire et la splendeur du saint consistoire. Si je ne me trompe, chacun d’eux paraît si content de mon retour, qu’il ne me semble pas facile de jamais m’acquitter de tant d’obligation.
Avec eux je vois Lactance, Claude Toloméi, Paulo Pansa, et le Dresino qui me fait l’effet du Juvénal latin, et mes chers Capilupi, et le Sasso, et le Molza, et Florian Montino, et celui qui, pour nous guider vers les rives poétiques, nous montre un chemin plus facile et plus court que tous les autres, je veux dire Giulio Camillo. Je crois distinguer encore Marc-Antoine Flaminio, le Sanga, le Berna.
Voici mon seigneur Alexandre Farnèse. Oh ! quelle docte compagnie l’entoure ! Fedro, Capella, Porzio, le Bolonais Philippe, le Volterrano, le Madalena, Blosio, Pierio, Vida de Crémone, à la veine intarissable, et Lascari, et Musuro, et Navagero, et Andrea Marone, et le moine Severo.
Voici deux autres Alexandre dans le même groupe ; l’un est de la maison des Orologi, l’autre est le Guarino. Voici Mario d’Olvito ; voici le flagellateur des princes, le divin Pierre Arétin. Je vois deux Jérôme, l’un est celui de Verita, l’autre est le Cittadino. Je vois le Mainardo, je vois le Leoniceno, le Pannizzato, et Celio et le Teocreno.
Là je vois Bernardo Capello, là Pierre Bembo, qui a délivré notre pur et doux idiome des langes du parler vulgaire, et qui nous a montré, par son exemple, ce qu’il devait être. Celui qui le suit est Gaspard Obizi, qui admire et observe si bien ses excellentes leçons. Je vois le Fracastorio, le Bevazzano, Trifon Gabriele, et plus loin le Tasso.
Je vois Niccolo Tiepoli, et, avec lui, Niccolo Amanio, qui ont les yeux fixés sur moi ; Anton Fulgoso, qui se montre étonné et joyeux de me voir si près du rivage. Celui qui s’est mis à l’écart des dames est mon cher Valerio ; sans doute il cause avec Barignano, qui est près de lui, du mal que n’ont cessé de lui faire les femmes, bien qu’il ait toujours été fort épris d’elles.