« Si je puis lui parler, je veux qu’il me dise son nom avant d’aller plus loin. — » Et le lui ayant demandé, il apprend que son adversaire est Dudon, fils d’Ogier le Danois. Dudon fait une demande semblable à Roger, qui lui répond avec la même courtoisie. Quand ils ont échangé leurs noms, ils se défient, et en arrivent aux mains.
Dudon a la masse d’armes en fer avec laquelle il s’est acquis une éternelle gloire dans mille entreprises. A la façon dont il s’en sert, il fait bien voir qu’il est de la race du Danois, célèbre par sa haute vaillance. Roger tirant l’épée à laquelle ne résistent ni casque ni cuirasse, et qui n’a pas sa supérieure au monde, montre au paladin Dudon qu’il l’égale en courage.
Mais il a toujours à l’esprit d’offenser sa dame le moins possible, et il sait que s’il répand le sang de ce nouvel adversaire, il l’offensera gravement. Instruit de tout ce qui touche aux maisons de France, il n’ignore pas que Dudon a eu pour mère Armeline, sœur de Béatrice, mère de Bradamante.
C’est pourquoi il ne le frappe jamais de la pointe ni du tranchant de son épée. Il pare les coups de la masse d’armes, tantôt en lui opposant Balisarde, tantôt en rompant. Turpin croit que Dudon n’aurait pas tardé à succomber sous les coups de Roger, si celui-ci n’avait eu soin, toutes les fois qu’il le voyait se découvrir, de ne le frapper que du plat de l’épée.
Roger pouvait frapper sans crainte du plat de son épée aussi bien que du tranchant, car elle avait une forte arête. Il en applique de si rudes coups sur Dudon, que l’armure de ce dernier résonne comme une cloche, et que l’œil en est ébloui. Dudon a grand’peine à résister au choc et à se tenir debout. Mais afin d’être plus agréable à qui m’écoute, je remets la suite de mon récit à une autre fois.
CHANT XLI.
Argument. — Roger et Dudon cessent leur combat, après être convenus que les sept rois païens prisonniers seront rendus à la liberté. Roger s’embarque avec eux pour l’Afrique. Pendant la traversée, ils sont engloutis par une tempête, excepté Roger, qui est porté sain et sauf près d’un ermite, lequel lui prédit diverses choses. — Le navire, abandonné par son équipage, est poussé par le vent jusqu’à Biserte. Il y avait à bord l’épée, l’armure et le cheval de Roger. Roland prend l’épée pour lui, donne l’armure à Olivier et le cheval à Brandimart, et ils vont tous les trois à Lampéduse pour combattre les trois païens. Le combat s’engage ; Sobrin et Olivier sont blessés, et Brandimart est tué.
Le parfum répandu sur une chevelure ou sur une barbe bien fournie et brillante, ou sur les vêtements légers des beaux jeunes hommes et des damoiselles qu’Amour éveille parfois tout en pleurs, se conserve et se fait sentir encore après plusieurs jours, montrant ainsi clairement quelle force et quelle pureté il avait dès le principe.
La liqueur nourricière dont, à son grand dam, Icare fit goûter à ses moissonneurs, et qui entraîna, dit-on, jadis au delà des Alpes les Celtes et les Boiens, prouve combien elle est douce dès le principe en gardant sa douceur jusqu’à la fin de l’année. L’arbre qui, à la mauvaise saison, ne perd pas ses feuilles, indique par là combien il devait être vert au printemps.
La race renommée qui, pendant tant de siècles, a répandu un si grand éclat, et qui semble en répandre toujours davantage, annonce clairement que celui d’où descend l’illustre maison d’Este devait autant surpasser ses contemporains en splendeur, que le soleil surpasse les étoiles au ciel.