Élevée par un architecte instruit et habile, la fontaine avait la forme d’une galerie ou d’un pavillon octogone, recouvert de tous côtés par un plafond d’or tout parsemé d’émaux. Huit statues de marbre blanc soutenaient ce plafond avec leurs bras.

L’ingénieux architecte leur avait mis dans la main droite la corne d’Amalthée, d’où l’eau retombait, avec un agréable murmure, dans un vase d’albâtre. Tous ces pilastres, sculptés avec le plus grand art, représentaient de grandes femmes, différant d’habits et de visage, mais ayant toutes la même grâce et la même beauté.

Chacune d’elles reposait les pieds sur deux belles figures situées plus bas, et qui se tenaient la bouche ouverte, comme pour indiquer qu’elles prenaient plaisir à chanter et à jouer. Leur attitude semblait aussi indiquer que toute leur science, toute leur application était destinée à célébrer les louanges des belles dames qu’elles portaient sur leurs épaules.

Les statues inférieures tenaient à la main de longs et vastes rouleaux couverts d’écriture, où était inscrit, avec de grands éloges, le nom des plus illustres parmi les dames que représentaient les statues supérieures, et où pouvaient se lire aussi leurs propres noms en lettres brillantes. Renaud, à la lueur des torches, admirait une à une les dames et les chevaliers.

La première inscription qui frappa ses yeux portait le nom longuement honoré de Lucrèce Borgia, dont la beauté et l’honnêteté étaient mises par Rome, sa patrie, bien au-dessus de celles de l’antique Lucrèce. Les deux statues qu’on avait destinées à supporter une si excellente et si honorable charge portaient écrits les noms de Antonio Tebaldo et Hercule Strozza, un Linus et un Orphée.

La statue qui venait après était non moins belle et non moins agréable à voir ; son inscription disait : Voici la fille d’Hercule, Isabelle. Ferrare se montrera plus heureuse de l’avoir vue naître que de tous les autres biens que la fortune favorable lui a accordés et lui accordera pendant la suite des siècles.

Les deux statues qui se montraient désireuses de célébrer constamment sa gloire avaient toutes deux le prénom de Jean-Jacques ; l’un s’appelait Calandra, l’autre Bardelone. Dans le troisième et le quatrième côté, où l’eau s’échappait hors du pavillon par d’étroites rigoles, étaient deux dames ayant même patrie, même famille, même réputation, même beauté et même valeur.

L’une s’appelait Élisabeth, l’autre Léonora. Ainsi que le racontait l’écrit sculpté sur le marbre, la terre de Mantoue se glorifiera encore plus de leur avoir donné naissance que d’avoir produit Virgile qui l’honore tant. La première avait à ses pieds Jacopo Sadoleto et Pietro Bembo.

L’autre était supportée par l’élégant Castiglione et le savant Muzio Arelio. Ces noms, alors inconnus, aujourd’hui si fameux et si dignes de louange, étaient sculptés sur le marbre. Après ces statues, venait celle à qui le ciel doit accorder tant de vertus, qu’elle n’aura pas sa pareille parmi les têtes couronnées, soit dans la bonne, soit dans la mauvaise fortune.

L’inscription d’or la signalait comme étant Lucrèce Bentivoglia ; parmi les éloges qui lui étaient donnés, on disait que le duc de Ferrare se réjouissait et s’enorgueillissait d’être son père. Ses louanges étaient célébrées d’une voix claire et douce par ce Camille, dont le Reno et Felsina écoutent les chants[14] avec autant d’admiration et de stupeur que jadis l’Amphrise en mettait à entendre chanter son berger,