Le général de division Desaix, l'administrateur général des finances Poussielgue, au général en chef Kléber.
À bord du Tigre, 25 décembre 1799.
Citoyen Général,
Nous recevons votre lettre du 29 frimaire avec le sauf-conduit du grand-visir.
Le citoyen Damas est parti hier soir avec les réponses de M. Smith à vos lettres. Nous en sommes encore au même point, c'est-à-dire que nous n'avons pas entamé la question principale. Les premiers mots échappés à M. Smith sont si loin de ce que nous avons à demander, et même de ce que nous espérions obtenir, qu'avant d'entrer en matière nous avons jugé qu'il fallait bien préparer les esprits, et les disposer à écouter sans étonnement nos propositions. Il ne s'agirait de rien moins, suivant M. Smith, si nous l'avons bien deviné, que de traiter l'armée comme prisonnière de guerre, c'est-à-dire qu'en rentrant en France elle ne pourrait porter les armes. Qu'on mettrait en liberté tous les Français non militaires, arrêtés dans l'étendue de l'empire ottoman, mais que la paix avec cet empire n'aurait lieu qu'à la paix générale.
Nous vous répétons, citoyen Général, que nous avons deviné ces propositions plutôt que nous ne les avons entendues, et que nous avons éludé une explication plus claire, afin de reprendre du terrain avant de combattre.
Nous comptons entamer aujourd'hui plus sérieusement cette affaire, et établir nos bases.
Vous recevrez sans doute, par la voie d'Alexandrie, les premières lettres que nous vous écrirons.
Salut et respect.