Le général Desaix était informé depuis quelques jours, par les rapports de ses espions, que mille chérifs, habitans du pays d'Yamb'o et de Jedda, avaient passé la mer Rouge, et s'étaient rendus à Cosséir, sous les ordres d'un chef des Arabes d'Yamb'o; que de là ils s'étaient portés à Kéné, d'où ils avaient été se réunir à Mourâd-Bey; que Hassan-Bey Jaddàoui et Osman-Bey Hassan, à la tête de deux cent cinquante mameloucks, étaient déjà arrivés à Houé; que des Nubiens, des Maugrabins campaient dans ce dernier village; que, par suite des écrits incendiaires répandus par les mameloucks, tous les habitans de l'Égypte supérieure, depuis les Cataractes jusqu'à Girgé, étaient en armes et prêts à marcher; qu'enfin Mourâd-Bey, plein de confiance dans une armée aussi formidable, s'était mis en marche pour attaquer les Français: son avant-garde en effet, commandée par Osman-Bey Hassan, vient coucher, le 2 pluviôse, dans le désert, à la hauteur de Samanhout.

Desaix, après avoir pris sur la flottille ce qui lui était le plus nécessaire, et lui avoir ordonné de suivre les mouvemens de la division, part de Girgé le 2 pluviôse pour aller à la rencontre des ennemis, et va coucher à Él-Macera. Le 3, l'avant-garde, formée par la 7e de hussards, et commandée par le chef de brigade Duplessis, rencontre celle de l'ennemi sous les murs de Samanhout.

Le général Desaix, arrivé quelques instans après, partage son infanterie en deux carrés égaux; sa cavalerie, formant elle-même un carré, est placée dans l'intervalle des deux autres, de manière à être protégée et flanquée par leur feu.

À peine ces dispositions sont-elles faites, que l'ennemi s'avance de toutes parts. Sa nombreuse cavalerie cerne la division, et une colonne d'infanterie, composée en partie d'Arabes d'Yamb'o, commandée par les chérifs et les chefs de ce pays, se jette dans un grand canal, sur la gauche des Français, qu'elle commence à inquiéter par la vivacité de son feu. Desaix ordonne à ses aides-de-camp Rapp et Savary de se mettre à la tête d'un escadron du 7e de hussards, et de charger l'ennemi en flanc, pendant que le capitaine Clément, avec les carabiniers de la 21e légère, s'avancerait en colonne serrée dans le canal et enfoncerait celle des ennemis. Cet ordre est exécuté avec autant de bravoure que de précision; l'ennemi est culbuté; il prend la fuite, laissant sur la place une quinzaine de morts, et emmenant un grand nombre de blessés. Un carabinier, qui était parvenu à enlever des drapeaux de la Mecque, fut tué d'un coup de poignard: sa perte est la seule que les Français aient eu à regretter dans cette action, qui les rendit maîtres du village de Samanhout.

Cependant les innombrables colonnes ennemies s'avançaient en poussant des cris affreux, et se disposaient à l'attaque. Déjà la colonne des Arabes d'Yamb'o s'est ralliée. Elle attaque et veut enlever le village de Samanhout; mais les intrépides carabiniers de la 21e font un feu si vif et si bien nourri, qu'elle est forcée de se retirer avec une perte considérable.

Les mameloucks se précipitent sur le carré commandé par le général Friant, tandis que plusieurs colonnes d'infanterie se portent sur celui que commande le général Belliard; on leur riposte par un feu d'artillerie et de mousqueterie si terrible, qu'ils sont dispersés en un instant, et obligés de rétrograder, laissant le terrain couvert de leurs morts.

Le général Davoust reçoit l'ordre de charger le corps des mameloucks, où se trouvent Mourâd et Hassan qui paraissent vouloir conserver leur position; mais ils n'attendent pas la charge de ce général, et la fuite précipitée de Mourâd-Bey devient le signal de la retraite générale. L'ennemi est poursuivi pendant quatre heures l'épée dans les reins. La division ne s'arrête qu'à Farchoute, où elle trouve beaucoup de musulmans expirant de leurs blessures. Les ennemis, dans cette journée, outre un grand nombre de blessés, ont eu plus de deux cent cinquante hommes tués, dont cent Arabes d'Yamb'o; les Français n'ont eu que quatre hommes tués et quelques blessés.

Le succès de ce combat est principalement dû à l'artillerie légère que commandait le chef de brigade Latournerie, officier également recommandable par son activité et ses talens militaires.

Le 4, à une heure du matin, on continue de poursuivre Mourâd-Bey; une soixantaine d'Arabes d'Yamb'o qu'on rencontre dans un village sont taillés en pièces. Une grande partie de cette infanterie étrangère avait repassé le fleuve et fuyait avec précipitation; beaucoup se dispersaient dans le pays.

Desaix arrive le 9 à Hesney, où il laisse le général Friant et sa brigade, et part lui-même le 10 pour Sienne où il arrive le 13, après avoir essuyé des fatigues excessives, en traversant les déserts et chassant toujours l'ennemi devant lui.