D'autres avis apprirent que Mahamet-Bey-Él-Elphi séparé de son armée, par l'effet d'une charge de cavalerie, le jour de la bataille de Samanhout, après avoir passé quelque temps dans les oasis au-dessus d'Ackmin, s'était rendu à Siout, où il levait de l'argent et des chevaux, et que les tribus arabes de Coraïm et Benouafi l'aidaient dans ses projets.
Enfin Desaix fut encore informé que les beys Mourâd, Hassan et plusieurs autres, à la tête de sept à huit cents chevaux et beaucoup de Nubiens, avaient paru tout à coup devant Hesney, le 7 à la pointe du jour; que son aide-de-camp, le citoyen Clément, à la tête de son détachement de cent soixante hommes de la 21e, était sorti d'Hesney, et avait présenté la bataille à cet immense rassemblement qui avait été intimidé par l'audace et la valeur qu'on lui opposait; qu'il les avait harcelés pendant une heure; que les ennemis avaient préféré la fuite au combat, et avaient forcé de marche sur Arminte.
Tous ces rapports réunis, et le bruit général du pays, firent juger au général Desaix que le point de ralliement des ennemis était à Siout: en conséquence, il rassemble ses troupes, ordonne au général Belliard, qui était descendu de Sienne à la suite des mameloucks, de laisser une garnison de quatre cents hommes à Hesney, et de continuer à descendre en observant bien les mouvemens des Arabes d'Yamb'o, qu'il doit combattre partout où il les rencontrera.
Le 12, le général Desaix passe le Nil et se porte sur Farchoute, où il arrive le 15, laissant un peu derrière lui la djerme armée l'Italie, et plusieurs barques chargées de munitions et de beaucoup d'objets d'artillerie. L'Italie, portait des blessés, quelques malades, les munitions de la 61e demi-brigade, et quelques hommes armés.
Il marche rapidement sur Siout, pour ne pas donner le temps à Mourâd-Bey de se réunir à Elphi-Bey, et les combattre, si déjà cette réunion était opérée. Sur la route, il apprend près de Girgé, qu'à leur passage les troupes de Mourâd-Bey étaient parvenues à faire soulever un nombre infini de paysans, toujours prêts à combattre les Français dès qu'ils faisaient un mouvement pour descendre; que ces paysans sont commandés par des principaux cheiks du pays, entre autres par un mamelouck brave et vigoureux, et qu'ils sont à quelques lieues de l'armée française.
COMBAT DE SOUHAMA.
Dès que l'on vit paraître les ennemis, le général Friant forma trois gros corps de troupes pour les envelopper et les empêcher de gagner le désert. Cette manœuvre eut un succès complet: en un instant mille de ces rebelles sont tués ou noyés; le reste a beaucoup de peine à s'échapper, et ne fait sa retraite qu'à travers une grêle de balles.
Le général Friant ne perdit pas un homme dans ce combat, à la suite duquel on prit cinquante chevaux, que leurs maîtres avaient abandonnés pour se jeter à la nage. Le lendemain de cette affaire, les mameloucks furent poursuivis de si près, que Mourâd-Bey se décida à faire route vers Elouâh, n'emmenant que cent cinquante hommes avec lui. Les autres s'enfoncèrent un peu plus dans le désert, et firent route vers Siout, où le général Desaix arriva peu de temps après eux.
À son approche, Elphi-Bey avait repassé le fleuve et était retourné dans la petite oasis d'Ackmin; quelques kiachefs et mameloucks de Mourâd-Bey l'y suivirent, ainsi qu'Osman-Bey Cherkâoui; les autres se jetèrent dans les déserts, au-dessus de Bénéadi, où ils éprouvèrent les horreurs de la faim; beaucoup désertèrent et vinrent à Siout; d'autres préférèrent se cacher dans les villages, où, pour vivre, ils vendirent leurs armes: ils se sont depuis réunis aux Français.
Cependant le chérif Hassan venait de recevoir un second convoi qui le renforçait de quinze cents hommes; les débris du premier le rejoignent. À peine sont-ils réunis, qu'il apprend que le général Desaix a laissé des barques en arrière, qu'un vent du nord, très violent, les empêche de descendre, et qu'avec des peines infinies elles n'ont pu venir qu'à la hauteur du village de Benout, dont il n'est qu'à une lieue et demie. Sur-le-champ il en prévient Osman-Bey Hassan à la Kuita, se met en marche et arrive sur le Nil; aussitôt les barques sont attaquées par une forte fusillade; l'Italie répond par une canonnade terrible, et cent Arabes d'Yamb'o restent morts. Les ennemis viennent à bout de s'emparer des petites barques, mettent à terre les munitions de guerre et les objets d'artillerie dont ils jugent avoir besoin, les remplissent de monde et courent à l'abordage sur l'Italie. Alors le commandant de cette djerme, le courageux Morandi redouble ses décharges à mitraille; mais ayant déjà un grand nombre de blessés à son bord, et voyant beaucoup de paysans qui vont l'attaquer de la rive gauche, il croit trouver son salut dans la fuite: il met à la voile, il avait peu de monde pour servir ses manœuvres; le vent était très fort, sa djerme échoue. Alors les ennemis abordent de tous côtés; l'intrépide Morandi a refusé de se rendre, il n'a plus d'espoir: il met le feu aux poudres de son bâtiment et se jette à la nage. Dans le moment il est assailli par une grêle de balles et de pierres, et expire dans les tourmens. Tous les malheureux Français qui échappèrent aux flammes de l'Italie, sont massacrés par les fanatiques et cruels habitans d'Yamb'o. Cet avantage avait doublé l'espoir du chérif; déjà il avait annoncé la destruction des Français comme certaine; il y avait, disait-il, un petit corps d'infidèles près de lui, qu'il allait écraser.