Un nouveau combat fut livré le lendemain. Les Arabes d'Yamb'o marchèrent sur Girgé, où ils parvinrent à pénétrer. Pendant qu'ils cherchaient à piller le bazar, Morand forme deux colonnes, et dirige l'une dans l'intérieur de la ville, et l'autre en dehors. Cette disposition réussit à souhait; tout ce qui était dans la ville fut tué; le reste s'enfuit vers les déserts. Dans ces deux jours, les Arabes d'Yamb'o ont perdu deux cents morts; le citoyen Morand a eu quelques blessés.

Le chef de bataillon Ravier l'a très bien secondé dans cette affaire, où il a donné des preuves de zèle et d'intelligence.

Le général Davoust, qui avait su la défaite des Arabes d'Yamb'o, passa le Nil; mais il ne put arriver à Girgé qu'après le combat, et lorsque la nouvelle d'une dernière défaite des Arabes d'Yamb'o y parvenait. Voici ce qui y donna lieu.

Dès le 14 germinal, le commandant Pinon, qui était resté à Siout pour gouverner la province, avait écrit au citoyen Lasalle de venir à Siout, pendant qu'il irait donner la chasse à des Arabes qui inquiétaient les environs de Mélàoui. Le citoyen Lasalle, qui était resté à Tahta avec son régiment, s'y rendit. Pinon revint le 19, et le même jour il eut avis que les Arabes d'Yamb'o, après avoir été battus à Girgé, étaient venus dévaster Tahta, et que leur chef cherchait encore à soulever le pays.

COMBAT DE GÉHÉMI.

Le 21, le citoyen Lasalle part pour les attaquer, ayant sous ses ordres un bataillon de la 88e, le 22e de chasseurs et une pièce de canon.

Le 23, à une heure après midi, le citoyen Lasalle arrive près de Géhémi, village extrêmement grand, où étaient les Arabes d'Yamb'o. Il fait de suite cerner le village par des divisions de son régiment, et marche droit à l'ennemi avec l'infanterie. Les Arabes d'Yamb'o font une décharge de mousqueterie, et se jettent dans un enclos à doubles murailles qu'ils venaient de créneler. Malgré le feu du canon et la fusillade, ils résistèrent plusieurs heures; enfin ils furent enfoncés. Ceux qui ne furent pas tués sur-le-champ s'enfuirent; mais une grande partie fut taillée en pièces par le 22e. Une centaine ou deux gagnèrent cependant les déserts à la faveur des arbres et des jardins. Les Arabes d'Yamb'o ont perdu dans cette action environ trois cents hommes tués, parmi lesquels se trouve le chérif, successeur d'Hassan.

Après l'affaire de Birambra, du 13 germinal, le général Desaix s'était rendu à Kéné, pour y organiser l'expédition destinée contre Cosséir; les marchands de ce port et de Jedda viennent le trouver, et lui demander paix et protection. Ils sont accueillis et caressés. Il fait la paix avec les cheiks de Cosséir, et avec un cheik du pays d'Yamb'o qui remplissait à Cosséir les fonctions de consul pour son pays. Il donne ordre au général Belliard de faire construire un fort à Kéné, de hâter les préparatifs de l'expédition sur Cosséir, et le nomme commandant de la province de Thèbes dont l'administration venait d'être organisée. Après ces dispositions, le général Desaix se rend de Kéné à Girgé, dont il confie le commandement au citoyen Morand; il part ensuite pour Siout, où il arrive le 26 floréal.

Cependant le général Davoust n'avait pas cessé de suivre les Arabes d'Yamb'o; mais après l'affaire du citoyen Lasalle, ils parurent détruits, et ce général vint à Siout. Il y était depuis plusieurs jours, et ne pouvait savoir ce qu'était devenu le petit nombre qui avait échappé au 22e, lorsque tout à coup on le prévient qu'il se forme à Bénéadi, grand et superbe village, et dont les habitans passent pour les plus braves de l'Égypte, un rassemblement de mameloucks, d'Arabes et de Darfouriens caravanistes, venus de l'intérieur de l'Afrique. On ajoute que Mourâd-Bey doit venir des oasis se mettre à la tête de cette troupe.

Le général Davoust se dispose aussitôt à marcher contre ce village; il renforce sa colonne d'un bataillon de la 88e et du 15e de dragons; il remplace provisoirement Pinon dans le commandement de la province de Siout, par le chef de brigade Silly, qui l'a conservé depuis.