COMBAT DE BÉNÉADI.
Le 29, le général Davoust arrive près de Bénéadi qui est plein de troupes; le flanc du village vers le désert était couvert par une grande quantité de cavalerie, mameloucks, Arabes et paysans. Ce général forme son infanterie en deux colonnes; l'une doit enlever le village pendant que l'autre le tournera. Cette dernière était précédée par la cavalerie, sous les ordres de Pinon, chef de brigade distingué par ses talens; mais en passant près d'une maison, ce malheureux officier reçoit un coup de fusil et tombe mort. Le général Davoust le remplace par l'adjudant-général Rabasse. La cavalerie aperçoit les mameloucks dans les déserts; une des colonnes d'infanterie s'y porte; mais l'avant-garde de Mourâd-Bey, que l'affreuse misère faisait sortir des oasis, lui porte promptement le conseil de retourner. Les Arabes et les paysans à cheval avaient déjà lâché pied. L'infanterie et la cavalerie reviennent à la charge. Le village est aussitôt investi; l'infanterie y entre, et malgré le feu qui sort de toutes les maisons, les Français s'en rendent entièrement maîtres. Deux mille, tant Arabes d'Yamb'o que Maugrabins, Darfouriens, mameloucks démontés, et habitans de Bénéadi, restent sur le champ de bataille. En un instant ce beau village est réduit en cendres et n'offre que des ruines. On y fait un butin immense, et on y trouve jusqu'à des caisses pleines d'or.
Pendant que Davoust détruisait Bénéadi, les Arabes de Géama et d'El-Bacoutchi menaçaient Miniet; un grand nombre de villages des environs de Miniet s'insurgeaient, et les débris du rassemblement de Bénéadi y couraient: le chef de brigade Détrée, qui avait peu de troupes, désirait qu'un secours vint changer sa position. Le général Davoust y marcha, mais il arriva trop tard. Détrée avait fait un vigoureux effort, et les ennemis avaient été forcés de se retirer. On disait que les Arabes d'Yamb'o marchaient sur Benesouef, dont les environs se révoltaient aussi; le général Davoust y court. L'opinion parmi les habitans de la province de Benesouef est qu'il ne descend de troupes que lorsque les autres ont été détruites; en conséquence ils courent aux armes, et, s'ils sont en force, ils attaquent les prétendus fuyards; s'ils sont trop faibles, ils se mettent à la poursuite de ces troupes pour les dévaliser; que s'ils ne peuvent les massacrer, ni les piller, ils leur refusent les moyens de subsistance.
Le général Davoust se trouva dans le dernier de ces cas. Arrivé près du village d'Abou-Girgé, son Cophte se porte en avant pour faire préparer des vivres. Le cheik répond qu'il n'y a point de vivres chez lui pour les Français, qu'ils sont tous détruits en haut, et que si lui ne se dépêche de se retirer, il le fera bâtonner d'importance. Le Cophte veut lui représenter ses torts; on le renverse de son cheval, et le cheik s'en empare. Le Cophte, fort heureux de se sauver, vient rendre compte de sa réception au général Davoust, qui, après avoir fait sommer le village de rentrer dans l'obéissance, et avoir porté des paroles de paix, le fait cerner, et ordonne de mettre tout à feu et à sang: mille habitans sont morts dans cette affaire. Le général Davoust continue sa route sur Benesouef; les ennemis, dont le nombre ne pouvait inquiéter, avaient passé le fleuve; le général Davoust se disposait à les y poursuivre, quand il reçut du général Dugua l'ordre de se rendre au Caire.
Lorsque les beys Hassan Jeddâoui et Osman Hassan partirent de la Kuita pour remonter vers Sienne, le général Belliard les suivit de très près, et les força de se jeter au-dessus des cataractes: il laissa ensuite à Hesney le brave chef de brigade Eppler, avec une garnison de cinq cents hommes qui devait contenir le pays, y lever des contributions, et surtout veiller à ce que les mameloucks ne redescendissent pas, et il revint à Kéné s'occuper sans relâche de la construction du fort, mais plus encore de l'expédition de Cosséir.
Vers le 20 floréal, Eppler eut avis que les mameloucks étaient revenus à Sienne, où ils vivaient fort tranquillement, et se refaisaient de leurs fatigues et de leurs pertes. Cet excellent officier jugea qu'il était important de leur enlever cette dernière ressource; en conséquence il donna ordre au capitaine Renaud, qu'il avait envoyé quelques jours auparavant à Etfou avec deux cents hommes, de marcher sur Sienne, et de chasser les mameloucks au-dessus des cataractes.
COMBAT DE SIENNE.
Le 27, à deux heures après midi, arrivé à une demi-lieue de Sienne, le capitaine Renaud est prévenu qu'il va être attaqué. À peine a-t-il fait quelques dispositions que les ennemis arrivent sur lui bride abattue; ils sont attendus et reçus avec le plus grand sang-froid. La charge est fournie avec la dernière impétuosité, et quinze mameloucks tombent morts au milieu des rangs: Hassan-Bey Jeddâoui est blessé d'un coup de baïonnette, et son cheval tué; Osman-Bey Hassan reçoit deux coups de feu, dix mameloucks expirent à une portée de canon du champ de bataille, vingt-cinq autres sont trouvés morts de leurs blessures à Sienne.
Ce combat, l'exemple du désespoir d'une part, et du plus grand courage de l'autre, a coûté cinquante morts et plus de soixante blessés aux ennemis qui, pour la troisième fois, ont été rejetés au-dessus des cataractes, où la misère et tous les maux vont les accabler.
Le capitaine Renaud a quatre hommes tués et quinze blessés.