Le premier soin du général Desaix, à son arrivée à Siout, fut de faire chercher des chameaux et confectionner des outres, afin d'aller joindre Mourâd-Bey à Elouâh; expédition qu'il désirait faire marcher de front avec celle de Gosséir; mais l'apparition des Anglais dans ce port le força de diriger contre Cosséir toute son attention.
Le général Belliard, qui devait la commander, se trouvant attaqué d'un grand mal d'yeux, Desaix lui envoya le citoyen Donzelot, son adjudant-général, pour le seconder ou le remplacer: ils partirent l'un et l'autre de Kéné, le 7 prairial, avec cinq cents hommes de la 21e.
Le 10, le général Belliard prend possession du port de Cosséir, où se trouve un fort qui, avec quelques réparations, peut devenir important.
BATAILLE ET SIÉGE D'ABOUKIR.
Telle était la situation de la Haute-Égypte et de l'armée du général Desaix, quand Bonaparte arriva au Caire de son expédition de Syrie. Son premier soin avait été d'organiser son armée et d'en remplir tous les cadres, afin de la mettre promptement en état de marcher à de nouveaux combats. Il n'avait détruit qu'une partie du plan général d'attaque combiné entre la Porte et l'Angleterre; il jugea qu'il lui faudrait bientôt écarter les autres dangers qu'il avait prévus.
En effet, il est bientôt instruit par le général Desaix que les mameloucks de la Haute-Égypte s'étant divisés, une partie s'est portée dans l'oasis de Sébahiar, avec dessein de se réunir à Ibrahim-Bey, qui était revenu à Ghazah, tandis que Mourâd-Bey descendait par le Faïoum pour gagner l'oasis du lac Natron, afin de se réunir à un rassemblement d'Arabes qui s'y était formé, et que le général Destaing avait reçu ordre de disperser avec la colonne mobile mise à sa disposition. Cette marche de Mourâd-Bey, combinée avec le mouvement des Arabes, annonçait le dessein de protéger un débarquement soit à la tour des Arabes, soit à Aboukir.
Le 22 messidor, le général Lagrange part du Caire avec une colonne mobile; il arrive à Sébahiar où il surprend les mameloucks dans leur camp; ils n'ont que le temps de fuir dans le désert, en abandonnant tous leurs bagages et sept cents chameaux. Osman-Bey, plusieurs kiachefs et quelques mameloucks sont tués. Cinquante chevaux restent au pouvoir des braves que le général Lagrange commande.
Le général Murat reçoit l'ordre de se rendre à la tête d'une colonne mobile, aux lacs Natron, d'en éloigner les rassemblemens d'Arabes, de seconder le général Destaing, et de couper le chemin à Mourâd-Bey. Ce général arrive aux lacs Natron, prend, chemin faisant, un kiachef et trente mameloucks qui évitaient la poursuite du général Destaing. Mourâd-Bey est informé, près des lacs Natron, que les Français y sont; il rétrograde aussitôt, et couche le 25 messidor près des pyramides de Gisëh, du côté du désert.
Bonaparte, informé de ce mouvement, part du Caire le 26 messidor, avec les guides à cheval et ceux à pied, les grenadiers des 18e et 32e, les éclaireurs et deux pièces de canon; il va coucher aux pyramides de Gisëh, où il ordonne au général Murat de le joindre. Arrivé aux pyramides, son avant-garde poursuit les Arabes qui marchaient à la suite de Mourâd-Bey, parti le matin pour remonter vers le Faïoum. On tue quelques hommes; on prend plusieurs chameaux.
Le général Murat, qui avait rejoint Bonaparte, suit l'espace de cinq lieues la route qu'avait tenue Mourâd-Bey.