LES INCROYABLES,
LES INCONCEVABLES,
ET LES MERVEILLEUSES.

Tableau des aimables du jour, et du costume des plus élégants de la révolution de 1796 et 1797.

Air: Dans nos bois, dans nos campagnes.

Tout est incroyable en France
Dans la révolution:
La sagesse est la démence,
La folie est la raison.
Faisant la guerre aux coutumes
Pour rappeler les vertus,
Sous d'incroyables costumes,
Se vois rentrer les abus.

Nous n'avons plus de comtesses,
Nous n'avons plus de barons;
Nos merveilleuses déesses
Leur ont pris leurs phaétons:
Et Margot dans l'équipage
Vient d'oublier son talent;
Se voyant dans l'apanage,
Ne connaît plus ses parents.

Son incroyable Narcisse
Lui dit du haut de son char:
Vénus, ou que je périsse!
A moins de graces et moins d'art.
Pa'ol' d'honneur, dit-elle,
Sous ce costume élégant,
Je voudrais être aussi belle
Que vous paraissez galant.

La merveilleuse à l'incroyable.

En vous tout est incroyable,
De la tête jusqu'aux pieds;
Chapeau de forme effroyable,
Gros pieds dans petits souliers;
Si pour se mettre à la mode
Gargantua venait ici,
Rien ne serait plus commode
Que d'emprunter votre habit.

Botté tout comme un saint George,
Culotté comme un Malbrouk,
Gilet croisant sur la gorge,
Épinglette d'or au cou;
Trois merveilleuses cravattes
Ont bloqué votre menton,
Et la pointe de vos nattes
Fait cornes sur votre front.

Je vois un autre incroyable
Chaussé comme une catin,
A la belle inconcevable
Présenter sa blanche main;
Cette incroyable coiffure
A, dit-elle, tant d'appas,
Qu'en voyant votre figure
Je ne vous remettais pas.