O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.
O Dieu! je reverrais la France!
Je jouirais de ta présence!
Zulma! tu m'as ravi ton cœur!....
Non.... Laissez-moi sur cette rive,
Et qu'en mourant, ma voix plaintive
Nomme Zulma pour mon malheur.
O ma maîtresse! ô ma patrie!
Oui, je chéris jusqu'à vos coups:
Vos arrêts font le destin de ma vie;
Vous m'exilez quand je brûle pour vous.
Un de nos compagnons d'exil fut déporté, en 1797, pour avoir ramené en France, dans sa famille, une jeune émigrée comme lui dont il venait demander la main. Pendant que nous étions dans la Guyane, il apprit qu'elle avait épousé un autre jeune homme qui lui avait fait obtenir sa radiation: il en mourut de douleur. C'est le sujet de cette romance.
LE TOMBEAU D'ISMÈNE.
Un jeune homme dont les parents avaient éprouvé de grands revers parvint, par amour et par séduction, à obtenir les faveurs d'Ismène d'Orv.... que ses parents lui destinaient, avant que la fortune eût allumé entre les deux maisons une haine irréconciliable. Ismène d'Orv.... devint enceinte. Cette nouvelle éclata un jour au milieu d'une fête que toute la famille donnait au grand-papa. M. d'Orv...., plaint par les gens sensés, et ridiculisé par les jeunes étourdis, concentra sa colère durant le repas: mais le soir, en rentrant chez sa fille, il la traîne aux cheveux, lui donne des coups de pied dans le ventre, et assassine la mère et l'enfant, qui moururent au bout de huit jours. Le premier auteur de cette catastrophe était un de nos compagnons d'exil. L'amour et la douleur le traînèrent au sanctuaire. Il me demanda les couplets suivants; me permit de les publier, et me pria de taire son nom par égard pour la famille de son amie, dont le chef expie sa faute dans un deuil éternel.
Air de la nouvelle Clémentine: Une jeune bergère, les yeux baignés de pleurs.
J'ai perdu mon Ismène,
J'ai perdu mon bonheur;
Échos, forêts, fontaines,
Répétez ma douleur.
Pour moi, belle nature,
Tes dons sont superflus;
Dépouille-toi de ta verdure,
Mon Ismène n'est plus.
Claire et pure fontaine,
Sur tes bords enchanteurs,
Chaque jour, pour Ismène,
Tu t'émaillais de fleurs;
Je vais grossir ton onde
De mes pleurs superflus;
Je reste isolé dans le monde,
Mon Ismène n'est plus!