Églé, Corinne, Julie,
Ont eu mes vœux tour à tour:
Je suis né sans jalousie,
Et mon cœur est sans détour.
J'offre aux belles mon hommage,
Fruit de ma sincérité;
C'est comme un droit de passage
Que l'on doit à la beauté.
LE VIEILLARD JEUNE HOMME.
Air: Si de tous les maux de l'absence.
Permets, Hébé, que la vieillesse
Chante la saison des amours,
Ou calme, auprès de la jeunesse,
L'ennui cruel de ses vieux jours:
L'hiver goûte un plaisir céleste
En se rapprochant du printemps;
Laisse-moi savourer un reste,
Un vieux reste de mon bon temps.
Quand dans nos champs une bergère
Couronne son heureux berger;
Quand la molle et verte fougère
Obéit sous son pas léger;
Quand de ses pleurs la jeune aurore
Arrose les fleurs du printemps;
Quand dans le monde tout s'adore,
C'est l'âge d'or, c'est le bon temps.
Jeune Hébé, je commence à croire,
Aux feux que je sens près de toi,
Que les dieux veulent pour ta gloire
Faire un nouveau Titan de moi:
Quand sur ton teint je vois éclore
Toutes les roses du printemps;
Ce tableau me rappelle encore
Ce que je fis dans mon bon temps.
Si jamais de quelque puissance
Je suis revêtu dans les cieux,
Je rends le monde à son enfance;
Et quant au dieu d'amour, je veux
Qu'il immortalise les belles,
Qu'il éternise leur printemps;
Et qu'il coupe, en brûlant ses ailes,
Les ongles et la barbe au temps.
Attribuée au duc de Nivernois.