20 avril (1 floréal). À cinq heures et demie, nous appercevons un bâtiment, on le signale; c'est la Décade; elle mouille à la chute du jour.
Troisième soirée.
22 avril 1798 1798 (3 floréal an 6). Depuis quarante jours que nous sommes en mer, nous n'avons pas eu un moment de repos; après un combat opiniâtre, où nous sommes spoliés de tout, quand nous demandons à descendre à terre, pour reprendre quelques effets, on nous leurre, afin que nous ne sachions où donner nos adresses, et que nous consommions le peu qui nous reste, sans pouvoir le remplacer. On nous fait enfin rembarquer tout nus.
À huit heures, la première embarcation part. Nos vieillards[9] commencent à croire qu'ils iront dans le Nouveau-Monde. Le dénuement où ils se trouvent, le changement d'équipage, les infirmités qui les accablent, leur rendent ce moment plus cruel; des larmes mouillent leurs cheveux blancs, ils invoquent la mort. Quoique nos malades n'aient plus qu'un souffle de vie, on les hisse à bord, comme des bêtes de somme. Nous voilà sur la Décade. L'officier de quart prend son porte-voix, et nous donne la consigne: «Messieurs les déportés, il vous est expressément défendu de communiquer avec qui que ce soit de l'équipage, vous reprendrez les mêmes places que vous aviez sur la Charente; vous remplirez les articles du réglement, dans les pancartes qui sont à la porte des rambardes de votre dortoir. Les voici:
Article Premier.
Les déportés seront détenus dans le lieu qui leur est destiné (l'entrepont. Voyez plus haut la description de ce local), depuis six heures du soir jusqu'à sept heures et demie du matin, et plus tard si les circonstances retardent le nettoyage du pont, ou tout autre motif.
Art. II.
Lorsque les détenus auront des besoins pendant la nuit, ils auront pour y satisfaire des bailles divisées dans leur local, lesquelles bailles seront vidées de quatre heures en quatre heures par les gens de l'équipage; pendant le jour, quand ils seront sur les ponts, ils iront à la poulaine, (lieux-d'aisance à gauche et à droite de la proue du bâtiment), à moins de mauvais tems, et dans ce dernier cas, les bailles seront mises dans la batterie.
Exécuté ponctuellement.
Art. III.