Un autre jour, un Prémontré vient chez moi de grand matin, me demander si je ne suis pas de son ordre, et dans quelle maison j'ai étudié. Il y a vingt-cinq ans qu'on voulut m'envoyer à Metz faire mon noviciat chez ces moines: mais comment avoit-il pu savoir cette particularité?
Suivant les uns, je disois la messe tous les jours, et je trouvois même des personnes qui assuroient y avoir assisté. Oh! comme le serment coûte peu à faire, quand il coïncide avec nos vues!...
Le lendemain on vouloit que je fusse maître de musique.... Enfin, j'ai été forcé de faire le médecin malgré moi. Et si je publiois mes scènes à tiroir du temps que j'ai chanté, on jugeroit que j'ai été plus ami de la société et de la joie, qu'ennemi du gouvernement.
[3]: Mesdames Boisset, Mercier, Cahouet, B..., Frery, sont des amies inappréciables. Mon exil de trois ans et ma nouvelle détention de dix-huit mois, m'ont convaincu que la sincère amitié a autant de force que l'amour. Ô âmes sensibles, que je cesse d'exister quand je cesserai de vous aimer!
[4]: Pierre Ronsard ou Roussard naquit au château de la Poissonnière, le 11 septembre 1525. Homère, Virgile et le Tasse ont moins reçu d'éloges, dit Bayle, que Ronsard n'en reçut de son tems. On l'annonça comme le plus grand poëte de la nation: Marguerite, duchesse de Savoie le fit connoître à Henri II son frère qui l'honora des bontés les plus particulières; François II et Henri III eurent pour lui les mêmes sentimens: Charles IX, amateur passionné de la poésie, monarque le plus instruit de son royaume, voulut qu'il fût toujours logé auprès de lui; il lui écrivoit en vers qui valent mieux que ceux du poëte Vendomois. Tels sont ceux-ci:
L'art de faire des vers, dût-on s'en indigner,
Doit être à plus haut prix que celui de régner;
Tous deux également nous portons des couronnes,
Mais roi, je les reçois, poëte tu les donnes.
Ton esprit enflammé d'une céleste ardeur,
Éclate par soi-même et moi par ma grandeur;
Si, du côté des Dieux, je cherche l'avantage,
Ronsard est leur mignon, et je suis leur ouvrage;
Ta lyre qui ravit par de si doux accords,
T'asservit les esprits dont je n'ai que le corps;
Elle t'en rend le maître et te sait introduire,
Où le plus fier tyran ne peut avoir d'Empire.
[5]: Nitocris, reine de Babylone, après avoir embelli cette maîtresse du monde, avoit placé son tombeau sur une des principales portes de cette ville, avec une inscription à ses successeurs, de ne point toucher aux richesses enfermées dans ce tombeau, sans une absolue nécessité; il demeura intact jusqu'au règne de Darius Octius (ou le marchand). Ce roi, au lieu de trésors immenses qu'il s'attendoit d'y trouver, y lut ces mots: Si tu n'étois insatiable d'argent, et dévoré par une basse avarice, tu n'aurois pas ouvert les tombeaux des morts. (Hérodote, liv. Ier., chap. 185.)
Saint-Césaire, d'Arles, nous prédit mot pour mot ce qui vient d'arriver depuis dix ans: «Que nous sommes heureux, dit-il, de ne pas voir ces siècles impies où les autels de Dieu serviront aux femmes de débauche; ces deux lustres écoulés, les français ressuscités de dessous les hécatombes, verront un nouveau chef relever le sanctuaire.»
Le père de Neuville, dans son sermon sur le respect dû aux temples, prêché en 1770, après avoir puisé à la même source, ajoute: «Il viendra un tems, et ce tems n'est pas éloigné, où le sanctuaire de Dieu sera foulé aux pieds, les autels renversés, les tombeaux profanés, les cendres des rois jettées au vent; ce siècle fera craindre au monde le dernier jour qui doit l'éclairer; ces persécutions seront aussi cruelles que celles de Néron.»
[6]: On croit que Surgères étoit autrefois sous l'eau. Des étymologistes prétendent que son nom lui vient de Surges ou Surgeres, tu t'élèveras au gré de Neptune. Quoique cette petite ville, à cent vingt quatre lieues de Paris, soit aujourd'hui à trente milles de la mer, on trouve dans la campagne des ancres qui accrochent la houe du vigneron, et font rebrousser le soc de la charue. Ce phénomène est commun sur les bords de l'Océan, toujours en tourmente.