Le chœur répéta trois fois cette strophe, et chacun jura de n'oublier jamais Ysacar et Lisbé. Ces premiers vers servirent de ritournelle, ou plutôt de mineur.
Lisbé, contre son cœur écoutant son devoir,
Ne sauve un époux qu'elle honore,
Qu'en abrégeant les jours de l'amant qu'elle adore.
Bientôt l'amour contre elle arme le désespoir.
Hiroua, cet époux, avec son jeune fils,
Sont dévorés par les Sauvages.
Un étranger l'arrache à ces sanglans rivages;
Ydoman, son aîné, vient revoir ces débris.
Voyageur égaré, etc.
Il court chez ses amis, il court chez ses voisins:
«Venez voir nos karbets en cendre,
Venez nous consoler, nous aider, nous défendre;
À vos heureux succès unissez nos destins!»
Aux cris des malheureux l'Indien n'est jamais sourd:
On leur députe une ambassade;
Au village brûlé, la sensible peuplade
Accourt pour travailler sans attendre son tour.
Voyageur égaré, etc.
Les karbets sont couverts; on l'annonce à Lisbé,
À ses enfans, à son vieux père.
Ils sont cinq malheureux fugitifs sur la terre,
Reste de la peuplade au carnage échappé.
«Unissons, dit le roi, nos enfans, nos dangers;
Lisbé, sois ma sœur et leur mère:
Ma fille aime Ydoman; Ysacar et son frère
Préféreroient ton sang à des nœuds étrangers.»
Voyageur égaré, etc.
«Tant de gloire t'aveugle, et ce fatal moment
Où tu crois que ton bonheur touche,
Cet aveu de ton cœur, trop tardif dans ta bouche,
Sera pour nous, Lisbé, le plus cruel tourment:
Ton ami, sous tes coups, certain jour succomba;
L'hymen à l'amour fit outrage.
La sœur de cet amant est l'épouse du mage;
Sa haine est un brasier qui nous consumera.»
Voyageur égaré, etc.
«Hélas! tu luis trop tôt, trop tôt pour mon malheur,
Jour fatal de leur hymenée!
De gloire et de trépas ta fille est enivrée,
Et tu bois à ton tour la mort avec l'honneur.
Lisbé succombe, ses membres torturés,
Sur sa famille anéantie:
Banaret, c'est Barca qui m'arrache la vie,
Dit-elle; adieu!...» Couvrons leurs corps défigurés.