Du reste, l'événement ne tarda pas à justifier ses prévisions.

La goélette aborda le 23 au lieu d'hivernage du Polaris, bien reconnaissable aux débris de toute sorte, et le capitaine se rendit, avec l'état-major, au «Repos de Hall» signalé par un cairn à moitié détruit.

La tombe de l'intrépide et malheureux explorateur est en bon état. L'épaisse planche de chêne dans laquelle son lieutenant Tyson a fait profondément graver quelques lignes n'a pas souffert.

Chose étonnante, un petit saule nain dont Tyson fait mention dans le récit des misères endurées pendant la retraite, existe encore.

Il se trouve au bas d'une stèle de pierre plate, derrière laquelle est appuyé le support qui maintient la planche.

L'inscription, très lisible, est ainsi conçue:

A LA MÉMOIRE
DE
CHARLES FRANCIS HAAL
Commandant du steamer le «Polaris» de la marine des Etats-Unis
chef de l'expédition au Pôle Nord.
MORT LE 8 NOVEMBRE 1871
AGÉ DE 50 ANS
Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi, encore qu'il soit mort, vivra.

L'officier français et ses hommes se découvrirent avec respect devant la tombe de cette noble victime, tout émus, malgré leur fermeté, de cette mort si brusque, si inattendue, mais qui du moins épargna au vaillant Américain le spectacle de la lâcheté de son équipage, allemand, hélas!

Ce pieux pèlerinage accompli, le capitaine rallia la goélette non sans avoir constaté, près de la tombe solitaire, les vestiges du passage de quelques hommes.

A n'en pas douter, Pregel et ses compagnons, édifiés aussi par les travaux des Anglais et des Américains, suivent la direction choisie par d'Ambrieux.