«Voici ce que vit, cinq ans après, un des lieutenants de Greely, le docteur Pavy, un Français, celui-là. Parti le 31 mars 1882, en traîneau, de Fort-Conger, par un froid de −34°, Pavy arrive le 11 mars à la baie de Floeberg où hiverna l'Alert en 1876. Il examine du haut de la falaise qui servit d'observatoire à sir Georges, le pack formé de blocs rudes, montagneux, mais ne rencontre plus traces de ces banquises paléocrystiques épaisses de 25 et 30 mètres au moins.

«Vous entendez bien: plus traces de ces formidables amoncellements de glaçons sur lesquels Markham, après des fatigues inouïes, s'éleva d'un degré vers le Nord.

—C'est prodigieux! murmure Berchou ne pouvant croire à une pareille contradiction.

—Là où sir Georges Nares concluait à l'impossibilité absolue de la vie chez les animaux, Pavy trouve le passage d'un ptarmigan, d'un lemming, d'un lièvre, d'un renard.

«Bien plus, mon collègue voulant suivre la route de Markham en pointant droit au pôle, se dirige vers le cap Joseph-Henri. Mais à peine a-t-il parcouru un kilomètre, que son compagnon, l'Esquimau Jens, s'écrie: La mer!... la mer!...

«On voyait, en effet, distinctement, une rue d'eau qui partant du cap Joseph-Henri, s'ouvre dans la direction du cap Hécla, en traversant la baie de James-Ross. Sa largeur était d'environ un mille à l'origine, mais elle allait en s'élargissant au delà du cap où elle prenait une direction boréale. En même temps, se montraient, vers le Nord, des cumulus de forme particulière, qui, suivant l'opinion des Esquimaux, bons juges en pareille matière, indiquaient la présence de vastes étendues d'eau libre.

«La dislocation des glaces soi-disant éternelles était si complète, que la partie Est du détroit de Robeson se trouvait débarrassée à cette époque encore si rude—18 avril!

—Voilà qui est un peu fort, s'écrie le second abasourdi.

«Et pour un peu, ne fût-ce que par curiosité, je voudrais bien voir cela.

—Ne t'entête pas, mon vieux Berchou, interrompt le capitaine, car c'est absolument inutile.