«L'erreur du commandant Nares est établie d'une façon rigoureuse, irréfutable.

«De même que la mer libre de Kane, la mer esclave de sir Georges est une conception théorique appuyée sur des observations incomplètes. La vérité semble être une moyenne entre ces deux opinions extrêmes.

«J'ajouterai, pour terminer ce débat instructif, soulevé avec tant d'à propos par le docteur, que Pavy, qui atteignit 82° 51′, eut la chance de relever un fait zoologique très important. L'Esquimau Jens ayant poursuivi un phoque de l'espèce hispidus, nous pouvons conclure que cette mer ne diffère pas sensiblement de celles qui se trouvent au-dessous du détroit de Robeson. Car, le phoca hispida ne s'y hasarderait pas, s'il n'y trouvait point des trous pour venir respirer, et des poissons pour sa nourriture.

«Mais notre situation n'en est pas moins difficile, car si nous avons pu trouver la mer hospitalière pour atteindre 83° 8′, nous éprouverons de grandes difficultés pour franchir la barrière qui se dresse devant nous.

—Vous avez raison, capitaine.

«A défaut de la mer Paléocrystique heureusement disparue, nous sommes en présence d'une jolie banquise large de trois kilomètres.

«Sacrebleu! l'éperon de la goélette, les scies, les haches et la dynamite auront fort à faire, si nous ne trouvons pas une faille.

—C'est ce passage qu'il faut chercher sans délai; et s'il n'existe pas, eh bien!... nous le pratiquerons.»

Les termes de cet entretien indiquent suffisamment les phases de la traversée opérée par la Gallia, depuis qu'elle a quitté le «Repos de Hall», pour qu'il soit utile d'en parler plus longuement.

Malgré les affirmations catégoriques du commandant de l'expédition anglaise, la Gallia s'est élevée, à 15′ près, au point le plus éloigné atteint par l'homme sur la route polaire.