A ces mots, dont ils comprennent très bien la signification, les chiens s'élancent sur le navire, parcourent en un temps de galop le pont et s'arrêtent devant la tente. Une main discrète entre-bâille l'entrée, puis tous se précipitent en jappant dans le vestibule de toile.

Nanti de trois énormes écuelles de bois, Mossieu Dumas les appelle d'un mot aimable, et tous, la queue en trompette, lapent avec un entrain prodigieux le contenu des récipients.

Iapp!... iapp!... iapp!... iapp!...

Oh! la bonne soupe bien chaude embaumant la graisse et l'eau de vaisselle! On s'en lèche les babines jusqu'aux oreilles, et les plats sont nettoyés en un tour de langue... je ne vous dis que ça.

Pas bête, le Parisien qui a trouvé cette onomatopée, rappelant le clappement particulier au chien quand il boit. Aussi, l'expression: Faire iapp!... iapp!... est-elle entrée couramment dans le vocabulaire de l'équipage, pour désigner l'action de boire, non seulement pour les toutous, mais encore pour les hommes.

Le chenil est bien propre. La porte en reste ouverte pour laisser pénétrer le grand air qui va balayer les miasmes. Les trois hommes s'arment chacun d'une carabine, s'adjoignent Oûgiouk dont les prunelles avides reluquent les écuelles et le Parisien donne un coup de sifflet.

La meute bien repue quitte aussitôt la tente et s'élance à corps perdu sur le pack, au beau milieu de la neige.

Et c'est une sarabande folle, entremêlée de jappements éperdus, de cabrioles épiques à travers la poussière blanche, de courses désordonnées, de frétillements convulsifs.

La première frénésie passée, la meute se forme en groupe autour de son capitaine, prête à se ruer à la poursuite d'un ptarmigan, d'un lièvre ou d'un renard. Mais le capitaine, en homme avisé, modère cette ardeur, au cas où l'on éventerait un ours.

Il faut de la prudence, car la rencontre pourrait être tragique.