«Il était une fois un roi, un empereur, ou un pape, je ne sais plus au juste; p'têt'e ben le grand Napoléon ou un empereur d'Amérique, bref un grand personnage de l'antiquité. Tout lui arrivait si tellement bien à point, il était si opulent et si veinard que ça l'épouvantait, et qu'il se disait: Gare à la guigne!

«Tracassé au point d'être malheureux à force de prospérité, il pensa qu'il faudrait faire un sacrifice à la fortune afin de conjurer par avance le mauvais œil. Pour lors, il jette dans les fins fonds de la mer, par cent mille brasses de fond, sa bague d'empereur à laquelle il tenait beaucoup, et qui valait au moins cinquante millions.

—Il aurait mieux fait de la donner à un gabier de la flotte.

—Possible!... mais écoute la suite.

«Or donc, mon particulier—je me souviens maintenant que c'était le grand Napoléon—est toujours si tellement chançard, que la veine le persécute... oh! mais à devenir fou.

«Un beau matin, sa bonne lui apporte une sole frite qu'embaumait, fallait voir!

«Naturellement y s'met à manger comme un homme pressé de retourner à la bataille, et crac!... se casse deux dents sur un quéque chose que la sole avait dans le ventre!

«C'était sa bague!... t'entends, sa bague avalée par le poisson que des pêcheurs trouvent dans leur filet, et qui lui arrive tout frais pour sauter dans la poêle.

«Ma foi! ce bonheur insolent lui tourne la bile et lui met la cervelle à l'envers au point que rien ne lui réussit plus.

«A preuve que l'année suivante il est pris par les Anglais pendant la campagne de Russie, et jeté à Sainte-Hélène, un rocher d'enfer où il est resté amarré par une jambe à une chaîne pesant plus de cent livres, pendant vingt-cinq ans!