Là encore il fallut redoubler d'attention et se prêter mutuellement assistance pour débarrasser, en temps opportun, les paupières des adhérences du givre.
La pompe fournit toujours de l'eau de mer pour la douche quotidienne à laquelle on s'est à la longue habitué. Mais il faut de l'eau douce pour la cuisine, les boissons et le lavage du linge de corps.
Cette eau est produite par l'évaporation de la glace.
Mais, de même qu'il y a fagots et fagots, il y a également glace douce et glace salée.
Celle provenant de la mer et gelée sur place est aussi salée que les flots eux-mêmes et conséquemment inutilisable. Les Anglais, qui ont presque exclusivement collaboré au vocabulaire arctique, la nomment: floeberg.
Par contre, celle qui vient des glaciers, produits comme on sait par les névés, est douce et d'une teinte plus franchement azurée. Elle est amenée par la dérive et compose exclusivement les icebergs.
Or le pack, aux environs de la Gallia, étant formé de floebergs, il faut aller chercher, à près d'un mille, celle qui est nécessaire à l'approvisionnement du navire. Il y a là un gisement inépuisable d'icebergs.
On pourrait employer, il est vrai, la neige. Mais le capitaine voulant tenir son monde et ses bêtes en haleine, a trouvé, dans ce voyage quotidien, le prétexte à un exercice corporel des plus salutaires.
En conséquence, un traîneau, dénommé pour ce motif «la voiture du porteur d'eau», est attelé de dix chiens, et envoyé à «la Dhuys» escorté de quatre hommes armés de carabines.
Les chiens, heureux de quitter l'abri où ils se morfondent après la promenade, accomplissent leur tâche avec un entrain magnifique. On dirait qu'ils sentent réellement que cette corvée les endurcit aux fatigues à venir, d'autant plus rudes au début, que le farniente aurait été plus complet pendant l'hivernage.