Les hommes de leur côté apprennent comment il faut les conduire, les aider, les soigner. Ils savent comment débute l'engravée des pattes et les soins nécessités dès la première heure par cette affection qui peut devenir incurable, si elle n'est combattue en temps opportun. Des lotions quotidiennes à l'alcool, suivies d'une application de collodion et complétées par l'enveloppement de la partie malade avec de la flanelle, sont à la fois le meilleur préventif et le curatif par excellence.

Un chien se trouve-t-il pris de courbature ou de congestion, vite on lui tire, selon la méthode esquimaude, un peu de sang par les oreilles ou la queue.

La conduite du traîneau, surtout quand il est chargé, demande une certaine expérience que seule peut conférer l'habitude.

Aujourd'hui, le chemin suivi par le tonneau du porteur d'eau pour se rendre du navire à la Dhuys est à peu près praticable. Mais, au commencement, quelle incohérente succession de casse-cou!

A l'aller, il n'y avait que demi-mal. Et même les hommes devaient modérer l'allure des chiens qui s'emballaient comme des bêtes folles, et faisaient voler derrière eux le traîneau vide.

Mais, au retour, quand le porteur d'eau ramenait un quintal de glace! Un conducteur se tenait en tête, et guidait l'attelage avec son fouet, à travers les hummocks et les glaces raboteuses. Les autres hommes de corvée se tenaient à droite, à gauche et en arrière du traîneau pour le soulever d'un bord ou de l'autre, quand un bloc venait caler un des patins. Le véhicule tiraillé, poussé, arraché, s'avançait en basculant, toujours prêt à chavirer, jusqu'à ce que, butant sur des hérissements de pointes anguleuses, il s'arrêtait, figé sur place.

Reconnaissant l'inutilité de leurs efforts, les chiens faisaient tête en queue, s'asseyaient sur leur derrière et regardaient narquoisement les marins, comme pour leur dire: «Allons, souquez, vous, les hommes!»

Et les hommes passaient à l'avant, empoignaient les courroies de halage et tiraient comme des cabestans en criant à tue-tête:

—Hisse-la!... oh hisse!

On progressait ainsi par «étapes» de deux ou trois mètres, jusqu'à ce que l'obstacle fût franchi, et l'on recommençait, indéfiniment.