A la longue, la voie s'est améliorée, par l'usage incessant du pic et du ciseau à glace, et le voyage s'accomplit avec assez de facilité.

Mais les ours, dont l'odorat est doué d'une incomparable subtilité, ont fini par éventer de très loin les émanations des matelots et de leurs chiens. On les voit errer comme des spectres sur la plaine blanche, et se rapprocher peu à peu, talonnés par la fringale qui leur tord les entrailles.

Au début, ils se tenaient à une distance respectueuse, mais, enhardis par un faux semblant d'impunité, ils devinrent plus audacieux, et firent mine d'attaquer.

Pardieu! on ne demandait pas autre chose, et il y eut de rudes batailles invariablement terminées par le meurtre de l'assaillant.

Aussi, quelle joie de revenir avec cinq ou six cents kilogrammes de viande fraîche.

Vite! au plus pressé. On culbutait le bloc de glace. Le plantigrade était hissé sur le traîneau et aussitôt à bord, la curée commençait.

Le garde-manger fut ainsi renouvelé de temps en temps, à la grande joie des chiens qui faisaient une ripaille monstre, et des hommes dont l'organisme avait besoin de vivres frais.

Quant au procédé de conservation, il est des plus élémentaires. Le gibier, dépouillé de sa fourrure et dépecé par quartiers, est tout simplement accroché en plein air, à l'extrémité d'une vergue.

Les morceaux gelés à fond, et devenus aussi durs que la pierre, se balancent, à l'abri des griffes et des crocs des maraudeurs, et préservés de la putréfaction par le froid, cet incomparable embaumeur.

Entre temps,Oûgiouk, un peu relégué au second plan pendant cette période d'immobilité, ou plutôt de claustration, harponne un phoque venu pour respirer au fond d'une faille qui surgit inopinément dans la banquise.