Oûgiouk harponne un phoque...
Le phoque est le bienvenu comme l'ours, auquel il va tenir compagnie, dans le gréement, jusqu'au jour où maître Dumas, armé d'une hache et d'une scie vient enlever la quantité nécessaire au repas.
Et c'est ainsi qu'on vit à bord du navire français, en faisant alterner, avec des exercices variés, des lectures, des conférences, de substantiels entretiens, des chansons, qui rompent la monotonie du rude hiver et tiennent le personnel en haleine.
La santé est toujours bonne, grâce à l'hygiène rigoureuse observée par chacun. Sauf des cas peu graves de gelure, tout va bien.
Des Allemands, pas de nouvelles. On aperçoit, dans le lointain, quand la lune est bien claire, l'ombre de leur navire. Mais on ne les rencontre jamais. Ils évoluent vers le sud, pendant que les Français vaquent à leurs affaires du côté du Nord. Il semble résulter d'un accord tacite qu'on doive s'éviter soigneusement. C'est le meilleur moyen de ne pas donner lieu à des conflits qui finiraient par s'élever entre les deux équipages.
Somme toute, on vit à mille mètres de distance comme si l'on se trouvait à mille lieues.
Néanmoins, on s'observe, car à mainte reprise, les Français munis de lorgnettes ont vu, quand le soleil éclairait encore la région, leurs voisins les examiner aussi.
Mais depuis que les ténèbres ont remplacé les crépuscules d'hiver, l'obscurité a rendu cet éloignement plus complet encore s'il est possible.
Somme toute, on serait aussi heureux que peuvent l'être des hivernants auxquels rien ne manque, n'étaient la continuité de la dérive et surtout l'incessant travail de la banquise.