Quelque vaillants qu'ils soient, ce fracas dont la sonorité s'exaspère depuis la recrudescence du froid, les émeut d'autant plus, qu'ils se trouvent condamnés à une immobilité complète, et à une impuissance dont les ténèbres augmentent encore l'énervante passivité.

L'alerte est passée. Les bruits s'apaisent peu à peu, comme ceux d'un volcan qui a vomi sa lave et ses scories.

L'équipage transi retourne au poste, moins deux hommes demeurés en faction sur le pont éclairé d'un falot. Les sentinelles fument leur pipe et marchent à grandes enjambées au milieu d'une épaisse vapeur.

Une heure se passe. Au moment où ils vont aller éveiller doux camarades pour prendre la garde à leur place, on voit dans le lointain des silhouettes errantes.

—Eh! les hommes, des ours! crie l'un d'eux en heurtant du poing la porte du dortoir.

—Le Diable les emporte! il fait si bon dormir!

—Allons! houst!... à la viande.

Si les rôdeurs sont par trop affamés, ils attaquent et paient de leur vie leur témérité. Sinon ils randonnent autour de la goélette avec des attitudes effarées d'un comique achevé.

Une autre fois, le calme est à peine rétabli, que la coque du vaisseau se met à gémir. Les dormeurs, connaissant la signification de cette plainte, s'éveillent brusquement.

Au loin le pack ronronne en notes basses. La coque grince plus fort et craque de bout en bout. Le ronron du pack va crescendo. Il se rapproche et augmente d'intensité. C'est maintenant une sorte de mugissement sourd de marée brisant sur les galets.