L'essence de térébenthine reste liquide, mais donne naissance à un sédiment. L'éther et le chloroforme restent également liquides, mais tiennent en suspension, le premier des cristaux, le second de fines aiguilles. Quatre parties d'alcool et une partie d'eau ne se congèlent pas, mais semblent s'épaissir.

L'acide chlorhydrique et l'alcool rectifié sont les seuls à ne pas manifester une modification quelconque dans leurs propriétés physiques.

... On affirme volontiers que les chaleurs excessives amollissent l'homme et le rendent paresseux, tandis que le froid l'excite et l'aguerrit.

Peut-être celui des régions moins inclémentes que celles occupées par nos hivernants, car ceux-ci peuvent, en raison de ce qu'ils ressentent, formuler d'étranges réserves, au sujet du froid polaire.

S'il agit d'abord comme excitant sur la volonté, il ne tarde pas à produire une invincible atonie. Quand il a subi pendant un certain temps l'action déprimante de ce climat terrible, l'homme se sent gagné par une sorte d'ivresse morne. Ses mâchoires tremblent et s'engourdissent, sa langue s'empâte; il n'articule plus les mots qu'avec difficulté, ses mouvements deviennent incertains, ses yeux se troublent, son oreille devient dure, son corps est lourd, son esprit obtus et il vit dans une sorte de torpeur intellectuelle et morale qui le rend incapable d'effort et de pensée.

Seuls, Oûgiouk, l'homme à demi sauvage des glaciers hyperboréens, et les chiens, ses compagnons habituels, supportent sans défaillance les implacables rigueurs de cet enfer.

Le digne Groenlandais boit et mange comme un gouffre et évolue au milieu des frimas, comme son compatriote, l'ours arctique.

Les chiens conservent toute leur vivacité. Ils cabriolent et frétillent dans la neige avec un entrain magnifique, et semblent s'apercevoir seulement du froid quand ils sont immobiles sur leurs pattes. On les voit alors lever alternativement les pieds, comme si le contact du sol leur faisait éprouver la sensation de brûlure provenant de ce froid intense.

Aussi, pour combattre cette action débilitante qui, parfois, menace d'abattre les plus énergiques, le capitaine multiplie les exercices physiques et les distractions morales. Pour compenser les pertes subies par les organismes, il fait augmenter les rations, et veille à la rigoureuse observance des prescriptions hygiéniques.

Quand un homme paraît céder à la torpeur et demande comme une grâce à être exempté d'une corvée, le capitaine lui cite à titre d'exemple le cuisinier Dumas, de beaucoup plus occupé depuis l'hivernage. Dumas, qui n'a pas un instant de trêve, se porte comme un charme et déclare volontiers que ce saut de la Cannebière au voisinage du Pôle ne l'incommode pas.