Les factionnaires du pont arrivent à demi gelés et chacun absorbe la bouillante infusion largement additionnée de rhum.
Après quoi on s'ingénie de toutes façons pour aider à l'interminable défilé des heures.
Cahin-caha le 1er janvier 1888 arrive enfin. Un beau jour même là-bas, au milieu des ténèbres, sous la sombre coupole du firmament piquée d'étoiles aux scintillements aigus.
On «se la souhaite bonne et heureuse» accompagnée de plusieurs autres, et Plume-au-Vent récite au capitaine un compliment fort bien tourné, se terminant par une promesse de dévouement absolu, et l'engagement d'honneur de faire tout au monde pour assurer le succès de l'expédition.
Le capitaine, touché de cette protestation, serre la main à tous les hommes, les remercie par quelques mots du cœur et ajoute, pour finir:
—Maintenant, divertissez-vous!
La réjouissance commença naturellement par une double distribution de vieux rhum, absorbé comme du petit lait, tant la rigueur du climat facilite l'ingestion des liquides les plus capiteux.
Puis, Plume-au-Vent, très mystérieux depuis une quinzaine, tire de son coffre deux feuilles de papier couvertes de superbes caractères calligraphiques, et les colle gravement à chaque extrémité du poste.
Les camarades intrigués, sauf bien entendu ceux qui doivent collaborer au divertissement, s'approchent et lisent:
GRAND THÉÂTRE NATIONAL POLAIRE
Salle des glaces, rue de l'Ours-Blanc, numéro 48 au-dessous de zéro.
GRANDE REPRÉSENTATION
Offerte à MIDI TRÈS PRÉCIS, par une troupe d'artistes et d'amateurs.
PREMIÈRE PARTIE