Cette sage précaution de l'officier n'est point superflue. A une heure du matin, une secousse plus violente que les autres, et suivie d'un craquement sinistre, se fait entendre.
La goélette roule bord sur bord, prise cette fois d'un mouvement de roulis que rien ne faisait prévoir. Le globe de l'appareil électrique vole en éclats, et le calorifère désarticulé s'abîme sur le plancher.
Nul doute que, s'il eût été bourré de charbons incandescents, un terrible incendie se fût aussitôt déclaré.
Les hommes éperdus s'arrachent de leurs couches, empoignent leur carabine, le sac renfermant leur bagage et enfilent en titubant l'escalier.
Les hommes enfilent en titubant, l'escalier
La houle de glaçons oscille encore, mais plus faiblement. Allons! ce n'est qu'une alerte. Pas la dernière, hélas!
A quatre heures, les travaux reprennent avec la même ardeur. Les hommes, lestés d'un bon déjeuner additionné de copieuses rasades, envisagent plus froidement l'éventualité d'une catastrophe.
Ils ont lu, pendant l'hivernage, maintes relations de voyages arctiques et savent que souvent des marins, privés de leur navire, n'en ont pas moins terminé favorablement leur exploration.
De son côté, le capitaine, après mûres réflexions, s'est arrêté à un plan fort sage qui semble répondre à toutes les exigences.