Cinq minutes après, tout le monde est à bord avec les sacs empilés à la hâte sur les traîneaux, ainsi que les armes et les objets les plus précieux.

Il est temps, car l'œuvre de désorganisation s'accomplit dans toute sa sinistre horreur.

Une débâcle partielle s'opère autour du navire sauvé miraculeusement par ce qui devait amener sa perte. Les glaçons, disloqués en mille points différents, se brisent en se choquant avec une force inouïe. Tout croule, tout s'effondre au milieu de trombes d'eau qui balayent et submergent les éclats.

Les dépôts de vivres, constituant la suprême ressource de l'expédition, l'élément indispensable d'une lutte à peine commencée, s'engloutissent un à un, aux yeux des matelots qui protestent par des cris de rage impuissante!...

Mais la furie des éléments, calmée sur un point, se déchaîne ailleurs avec une nouvelle et plus terrible violence.

Là-bas, vers le Nord, la banquise paraît s'enfler sous l'effort d'une poussée irrésistible...

Un déchirement épouvantable ébranle les couches d'air. Une immense rupture se produit, et le navire allemand, parfaitement visible sur le champ de neige, s'incline sur tribord, se couche, perd son point d'appui, et, ouvert sans doute par le choc, s'emplit, puis coule à pic.

En moins de dix minutes ses perroquets disparaissent.

La Germania a vécu!

[IX]