La dislocation s'étend de proche en proche et broie en capricieux zigzags le pack, aux alentours du navire. L'eau surgit de toutes parts en cascades écumantes...
Les malheureux vont être engloutis!
Le capitaine s'élance sur le bastingage, leur fait des signes désespérés et s'écrie:
—Revenez à bord!... Mais revenez donc!
Ses signes ne sont pas compris, sa voix est couverte par le fracas des glaces, et le péril mortel grandit encore, sans que les matelots rivés par le devoir, pensent à quitter leur poste.
En proie à une affreuse angoisse, le capitaine s'apprête à quitter le navire pour courir vers eux, essayer de les sauver ou périr avec eux...
Mais une flamme ardente surgit à deux pas de lui. Un nuage de vapeur l'environne et le fracas assourdissant d'une détonation lui brise le tympan.
—Tonnerre de Brest! crie une voix effarée, je me suis empêtré dans le cordon!
C'est Guénic, le maître d'équipage, qui, chaviré par le choc, est allé jaillir, à demi assommé, près d'un canon à signaux. Le vieux Breton, enfoui sous une avalanche de cordages provenant de la chute du mât, s'est dégagé au hasard, en écartant convulsivement les obstacles; le cordon tire-feu s'est trouvé sous sa main, au milieu d'autres objets, et l'effort inconscient du bonhomme a suffi pour actionner l'étoupille.
A ce signal involontaire, mais envoyé avec tant d'à-propos, les marins relevés de leur consigne s'enfuient à toutes jambes, trébuchant sur les glaçons, pataugeant dans les flaques et précédés par les chiens qui font voler derrière eux les traîneaux.