Puis, incapable de prononcer un mot, craignant de laisser apercevoir l'angoisse qui l'étreint, il fait un signe rapide aussitôt compris.
Les matelots évacuent tristement le bord, puis Guénic, puis le docteur, puis le lieutenant, puis le second, et enfin, le capitaine, suivant la noble et touchante coutume qui veut que le commandant quitte le dernier son navire.
Les chiens sont attelés au grand canot, les hommes s'amarrent à la baleinière et les deux embarcations, vigoureusement tirées, glissent avec vélocité sur la piste.
—A présent, venez le prendre! gronde Guénic en tendant le poing vers le campement ennemi.
Comme s'ils avaient hâte maintenant de s'éloigner au plus tôt, les marins précipitent leur marche. Ils allongent le pas... ils en arrivent à courir.
Chose à peine croyable, les quinze cents mètres les séparant de la flottille sont franchis en quinze minutes.
Haletants, hors d'haleine, ils rejoignent leurs compagnons demeurés en sentinelle, et se retournent brusquement vers la Gallia dont l'unique mât se profile au loin, sous l'enchevêtrement de ses agrès.
Soudain, la glace oscille sous leurs pieds, comme jadis, quand les convulsions de l'ouragan la désarticulaient, pendant les premiers et les derniers jours de l'hivernage.
Un nuage immense enveloppe le navire d'où surgit un long jet de flamme... une épouvantable détonation retentit.