—Maintenant, cloue le panneau... solidement.

Guénic enfonce à tour de bras les tiges de fer dans un lourd madrier qui bouche complètement l'ouverture.

Interdits malgré leur vaillance éprouvée, les marins frissonnent en entendant ces coups sourds se répercuter au loin, comme si le maître fermait pour jamais un immense cercueil.

Quand il eut achevé cette étrange et sinistre besogne, le capitaine lui dit encore:

—Amène le pavillon.

La grande enseigne avait été hissée le matin même, et était restée ferlée à la corne.

Le maître saisit la drisse, la frappe d'un coup sec, et soudain l'étendard national flamboie dans les airs, et se détache sur le ciel comme une opulente floraison de couleurs.

Subitement les matelots se découvrent avec un respect attendri, fixent des yeux ardents sur l'emblème sacré, le contemplent avec une émotion qui contracte leurs mâles figures, et le suivent du regard pendant qu'il glisse lentement... lentement... comme un oiseau gigantesque frappé à mort.

Guénic sur la joue hâlée duquel roule une grosse larme, tend silencieusement un couteau à son chef.

Celui-ci tranche la drisse de deux coups précipités, fébriles, saisit le pavillon, l'enroule au grand mât, le cloue, se découvre à son tour et le contemple un instant avec un indicible regard d'amour et de regret.