Avec une aisance qui ferait envie aux chasseurs canadiens, ces virtuoses du fusil, Dumas porte son arme à l'épaule, cherche pendant une seconde le guidon et presse la détente.

Un point noir vaguement aperçu à cinquante mètres au milieu d'une série de petites vagues circulaires, s'enfonce, pour ainsi dire sous la poussée de la balle, et Oûgiouk, de plus en plus affairé, laisse échapper un long hurlement de triomphe.

Le monstre, frappé à son endroit le plus sensible par l'infaillible tireur, a été foudroyé. Il s'abîme dans un grand remous et disparaît.

Mais le harpon, solidement fiché dans son flanc le maintient à une profondeur de vingt-cinq brasses, d'où il est bientôt hissé, à force de bras, sur la glace heureusement assez épaisse pour le porter.

L'Esquimau, très fier, procède à la curée, se gonfle de bas morceaux qu'il dispute aux chiens, puis tend à Dumas, pour le remercier, sa patte ruisselante de graisse et ajoute dans son baragouin:

—Oûgiouk est un grand chef et il avait faim.

—Pécaïré! moi aussi, je suis un grand chef, répond l'illustre homonyme du grand Tartarin, et je vais faire la cuisine.

[III]

Vers la mystérieuse Polynnie.—Signes de printemps.—Les oiseaux arctiques font leur apparition.—Soupe au lait!—Par 87° de latitude Nord!—Quelques nuages dans un beau ciel.—Fâcheux pronostics.—En quête d'un abri.—Le halo.—Tempête.—Vent du Sud, vent de glace.—Pourquoi les oiseaux remontaient vers le Nord.—Bloqués sous la neige.—Reprise de l'hiver.—Froids terribles.—Après quatre heures d'angoisses.—La mer gelée à l'horizon.

Contre toute présomption, contre toute vraisemblance, la température qui logiquement devrait être de −25 à −30° à cette époque de l'année se maintient invariablement à −10 et −12°.