C'est alors qu'on peut se rendre compte de l'opacité de l'atmosphère. Il y a, sous le retiro de toile, une telle quantité de vapeur d'eau, que les hommes s'aperçoivent à peine, comme des ombres se mouvant dans le plus épais brouillard.

La veilleuse clignote et fait l'effet de la lune entourée d'un halo. Les parois intérieures de la tente, trempées comme par la pluie, laissent suinter une bruine qui se condense en une croûte de givre.

Chacun ayant fait sa toilette de nuit, c'est-à-dire remplacé par des bas bien secs, ceux que la transpiration a mouillés, s'insinue dans les sacs. On est trois dans le même lit, ce qui ne veut pas dire qu'on soit mieux pour cela.

On s'arrange néanmoins pour dormir sans trop s'écraser mutuellement. Le sommeil vient quand même, avec ses cauchemars, ses visions arctiques, ses alertes incessantes.

Le froid augmente toujours comme aussi le vent qui gronde avec un bruit formidable.

A minuit, Guignard qui monte la garde avec Plume-au-Vent, rentre à moitié gelé en disant:

—Mâtin de chien!... j' sens pus mon nez!

—Poseur, va! riposte le Parisien.

«Tu voudrais me faire croire qu'il t'en reste assez pour attraper une gelure!

«Tiens! pardieu!... c'est ma foi vrai!...