Quant à la chaloupe, elle fut pourvue d'une fausse quille, s'appuyant sur des arcs-boutants latéraux, fixés eux-mêmes à deux semelles de bois parallèles et imitant assez bien les patins sur lesquels glissent les traîneaux.

On sait ce que signifient de tels préparatifs.

Les hommes, au lieu d'être portés par leur matériel, devront le traîner derrière eux, au prix de quelles fatigues, et par quels chemins!

Au lieu de fendre en conquérants les flots de mers inconnues, ils haleront à la bricole, côte à côte avec les chiens, et devenus bêtes de somme eux-mêmes...

Et pourtant, devant cette mer gelée à perte de vue, devant ce formidable encombrement de glaçons de toute forme, de toute grosseur, les marins près de partir à la recherche des eaux vives, n'ont pas un mot, pas un geste d'hésitation, bien que la vue du sinistre désert polaire, soit capable, à elle seule, de faire reculer les intrépides.

Mais le chef aimé, qui toujours paye vaillamment de sa personne, a commandé: «En avant!... c'est pour la patrie!...»

Tous ont répété d'une seule voix: «En avant!... Vive la France.»

[IV]

A propos des traîneaux.—Remorquage par les hommes ou par les chiens.—Avantages et inconvénients.—Costume de travail.—Le Parisien se compare à un hanneton englué dans du goudron.—Traction mixte.—Hommes et chiens attelés simultanément.—Et la chaloupe?—Départ des numéros 1, 2 et 3.—Comment on se sert d'une ancre à jet.—«Qui veut aller loin ménage sa monture.»

Pendant les longues heures de l'hivernage, le capitaine et les membres de l'état-major avaient étudié, avec une sérieuse attention, les procédés les plus favorables à l'exploration de l'extrême Nord.