Ayant lu tout ce qui a été écrit à ce sujet par ses devanciers, notamment par Kane, Hayes, Mac-Clintock, Nares, Hall, Payer, Greely, pour ne citer que les plus récents, d'Ambrieux avait admis comme eux que le traîneau est l'organe essentiel, indispensable.

Mais, n'étant pas un homme à idées préconçues, comme le docteur Hayes et le commandant Nares et professant l'opinion du juste milieu émise par Greely, il avait songé dès le début à modifier l'application du principe universellement reconnu.

Tout d'abord, il devait chercher à gagner le pôle avec son navire. N'y réussissant pas, il hivernerait le plus près possible de l'axe terrestre, et sitôt la saison propice au traînage arrivée, il pousserait des pointes audacieuses dans cette direction.

Mais, fort de l'expérience si chèrement acquise par les lieutenants de Greely, Lockwood et le docteur Pavy, qui se trouvèrent arrêtés par les eaux vives, d'Ambrieux s'était dit, et c'était là le côté réellement original et pratique de son idée: il faut joindre le traînage à la navigation; pour cela, emmenons traîneaux et bateaux.

Quand nous trouverons les eaux vives, les embarcations du navire transporteront les traîneaux avec les hommes et les chiens. Et inversement, quand nous serons arrêtés par les glaces, on chargera, sur les traîneaux, les baleinières avec les provisions que les hommes et les chiens, devenus moteurs à leur tour, haleront à force de corps.

C'était là sans doute un énorme surcroît de poids mort, mais le capitaine, disposant d'un personnel robuste et vaillant, ne désespérait pas, bien au contraire, du succès.

Malheureusement la maladie groenlandaise avait creusé des vides nombreux dans les rangs de la meute, et les chiens sont, comme on le sait déjà, d'une utilité réellement absolue.

Quelques explorateurs ont cependant préconisé le remorquage au moyen de l'homme exclusivement, et cela dans le but d'éviter les risques d'accidents imprévus. Il est certain que l'intelligence humaine peut, dans nombre de cas, obvier à maint ou maint inconvénient, aider à la réparation de maint et maint dommage. Mais, d'autre part, le prodigieux instinct des chiens sur la glace est un facteur d'une telle importance, qu'il compense et au delà tout ce que peut produire l'ingéniosité de l'homme. Et cela sans compter la vigueur musculaire comme aussi l'endurance à la fatigue des intrépides animaux.

Car il faut savoir qu'un chien traînera toujours un fardeau sensiblement plus lourd que l'homme et cheminera aussi plus vite.

Ainsi, un traîneau remorqué par un nombre d'hommes quelconque, mettons six, parcourra avec des peines infinies huit à dix milles marins, c'est-à-dire de quatorze kilomètres et demi, à dix-huit environ. Encore la glace devra-t-elle être autant que possible exempte d'aspérités, de cristaux aigus et de dépressions remplies de neige pulvérulente dans laquelle on enfonce jusqu'à mi-corps.