Tandis que les chiens, attelés en nombre égal, pourront traîner un poids supérieur, et faire, sur une glace même mauvaise, de quinze à seize milles, soit de vingt-huit à trente kilomètres.

En outre, les hommes n'arrivent pas exténués au campement, ce qui permet d'allonger jusqu'à la limite du possible la durée de la marche.

Il va de soi qu'avec des attelages composés mi-partie d'hommes et de chiens, on gagne sur le premier cas, mais on perd sur le second. Cependant, la fatigue est infiniment moindre qu'avec le remorquage par l'homme seul, car les chiens ont toujours une tendance à vouloir dépasser l'homme dont la présence les excite. Ils sont francs du collier, et laissent à peine tirer leurs compagnons à deux pieds, dont l'intervention est surtout utile devant les obstacles ou dans les mauvais pas.

L'impossibilité dans laquelle se trouvait le capitaine de renouveler sa meute l'aurait décidé à adopter ce dernier procédé, quand bien même il n'eût pas été forcé de sacrifier son navire dans les circonstances douloureuses que l'on sait.

Privé désormais de son lieu d'hivernage, n'ayant plus de vivres que pour deux mois, réduit aux embarcations pour tout matériel, obligé de pointer en avant, sans espoir de retour, il devait forcer les étapes sous peine de périr infailliblement de faim.

On a vu comment la première partie de ce plan si sage s'était accomplie avec un bonheur exceptionnel, puisque l'officier français avait pu parcourir en bateau, sans fatigue et sans perte de temps, trois degrés et demi, près de quatre cents kilomètres en dix jours.

La tempête, le retour du froid, la mer gelée, l'interruption momentanée du voyage par eau, tout cela n'était que de simples incidents sur lesquels, ou plutôt avec lesquels il avait compté.

Maintenant, on allait cheminer à pied en remorquant péniblement le lourd matériel, jusqu'au jour où une débâcle se produisant, il serait possible de restituer les engins de navigation à leur élément naturel.

La question de subsistance était résolue pour un certain temps, grâce à la capture du morse qui permettait d'alimenter quinze jours de plus la colonne entière, hommes et chiens, et d'économiser l'alcool en lui substituant de temps en temps l'huile.

Donc les deux mois de vivres du départ se trouvaient par le fait intacts. En admettant que pendant soixante jours, les eaux vives, chose totalement invraisemblable, ne réapparaîtraient pas, on pouvait tabler sur une moyenne de douze milles par marche, on arrivait au total de treize cents kilomètres, plus une fraction.