On serait alors en plein été, avec la débâcle. Les embarcations rendues à leur destination, et approvisionnées par la chasse et la pêche, on verrait à se rapatrier.

Avant de donner le signal du départ, le capitaine fit endosser à ses hommes le costume de marche, différent du costume de nuit, en ce qu'il est plus léger, de façon à permettre l'évaporation du corps, sans quoi l'homme, astreint à un exercice violent, se trouverait dans un bain de sueur, et glacé à la première halte.

Que ce qualificatif de: plus léger ne fasse pas croire, cependant, que cet habillement soit comparable à ceux dont se couvrent, pendant les hivers les plus froids, les habitants des zones tempérées.

La nomenclature seule des pièces qui le composent nous ferait transpirer, sous notre latitude parisienne de 48° 50′.

D'abord, un épais gilet de flanelle, puis une ou deux chemises de laine selon la température et l'impressionnabilité de l'homme au froid, un long gilet de tricot ou jersey doublé de flanelle, plus une bonne casaque de laine, un ou deux caleçons, un solide pantalon de laine, deux paires de bas montant jusqu'au genou, et pour chaussure, des bottes norwégiennes en toile à voile doublées de flanelle et semelées de feutre, avec une tige assez large pour permettre d'y introduire le pantalon. Pour coiffure, une toque à oreillettes, et un capuchon ou bachelick avec une muserolle mobile qui peut être abaissée devant la bouche et le nez. Les mains sont protégées par une première paire de gants, recouvertes, quand le froid est très intense, par les mouffles en loutre de mer, montant jusqu'aux coudes.

Les bottes groenlandaises sont réservées pour la nuit ou le temps de dégel. De même les pelisses fourrées en peau d'élan qui servent pour monter la garde ou toute autre occupation exigeant peu de travail musculaire.

Enfin, ce costume est complété par un surtout en toile à voile quand la neige tombe. C'est le meilleur tissu pour la repousser et l'empêcher de se coller aux effets de laine.

On s'imaginerait volontiers que l'homme ainsi accoutré est presque incapable de mouvement, et que le moindre effort va le faire fondre en eau.

Telle paraît être l'opinion des marins qui, échauffés préalablement par ce rude labeur d'arrimage, exécuté avec une hâte fiévreuse, se trouvent lourds comme des phoques et se blaguent avec un entrain indiquant un état moral excellent.

Le docteur costumé à l'avenant, car chacun, quel que soit son grade, va s'atteler comme un simple mortel, entend les objections et riposte: