Le traînage avait commencé le 12 avril, par 87° de latitude Nord, et 22° 20′ de longitude Ouest.

Cette première journée s'écoula sans encombre, mais non sans fatigue. Les marins qui le matin eussent volontiers halé au trot, étaient, le soir, absolument harassés.

Encore la glace resta-t-elle constamment plane et à peu près dépourvue d'aspérités ou de protubérances. Disposition qui facilita beaucoup le noviciat des hommes et le rendit infiniment moins dur.

La distance parcourue fut exactement de douze kilomètres. Résultat pouvant sembler précaire à des gens pressés d'arriver et qui ont en perspective le spectre de la famine, mais encore honorable pour des débutants.

La chaloupe s'est merveilleusement comportée, son moteur électrique est parfait. La transformation d'une partie du mécanisme, très intelligemment opérée par Fritz en quelques heures ne l'a aucunement dérangé. De ce côté tout va bien.

Par exemple, le capitaine et ses deux auxiliaires demeurés tout le temps à bord, ont passé une journée bien rude. L'immobilité relative à laquelle ils restèrent astreints, leur a rendu encore plus sensible l'âpre morsure du froid. A ce point qu'à plusieurs reprises ils sentirent au visage, notamment au nez, des commencements de congélation.

Ce poste, qui exige peu ou point d'activité musculaire, est d'autant plus pénible à garder, que la température s'est encore abaissée. La brise vient du Sud et le thermomètre est à −33° pendant le jour.

Pendant le crépuscule figurant la nuit du 12 au 13, le mercure a gelé!

L'hiver arctique a trop souvent, hélas! de ces retours inattendus, de ces traîtrises cruelles.

La moyenne parcourue est encore de six milles: onze kilomètres et une petite fraction.