La glace devient inégale, raboteuse, difficile pour le traînage. Les chiens tirent la langue, halètent comme par les temps chauds et boivent avidement l'eau fournie par le digesteur.
Les hommes souffrent de la soif, et moins réservés que les chiens, se hasardent furtivement, malgré de formelles défenses à manger de la neige.
Pour la première fois, Berchou, le second, se met réellement en colère et menace de sévir.
Sévir!... de quelle façon?... Quelle pénalité imposer à ces braves dont la vaillance ne recule devant aucun sacrifice.
En somme, des héros de modestie et d'abnégation que ne rebutent ni les corvées, ni les fatigues, ni les souffrances, mais inconscients comme de grands enfants.
Berchou s'y est mal pris. Il vaut mieux les raisonner, essayer de leur démontrer que non seulement il y a péril à s'abreuver ainsi, mais encore que le remède est pire que le mal.
Les pauvres altérés en conviennent volontiers, mais telles sont les tortures causées par cette soif atroce, qu'ils restent insensibles à toute considération.
Le soir, les imprudents, qui n'ont pas su vaincre cette redoutable défaillance, paient un moment d'oubli par des inflammations douloureuses de la gorge, des gencives et de la base de la langue.
—Ma Doué!... ma Doué!... grogne un Breton, c'est comme si que je m'aurais entonné dans le gargousier une pleine bolée de verre pilé.
—Eh! vivadioux! renchérit un Basque, il me semble avaler de la braise allumée.