La manœuvre exécutée précédemment recommence avec ses heurts, ses glissades, ses fatigues.
La petite caravane avance néanmoins, malgré la neige amassée en certains points par le vent. La glace fort heureusement est toujours à peu près plane, sans quoi le traînage deviendrait sinon impossible, du moins très lent.
Il arrive parfois que l'on rencontre des dépressions où les hommes enfoncent jusqu'au ventre et où les chiens disparaissent tout à fait. Il faut alors frayer un chemin avec les pelles, ce qui amène une perte de temps considérable.
On fait de la route malgré tout, puisque la journée du 14 se chiffre par une distance effectivement parcourue de douze kilomètres.
Le froid est toujours abominable, à tel point que les hommes restés sur la chaloupe éprouvent de cruelles tortures. En dépit de son endurance et de son énergie, le capitaine a été gelé deux fois. Les mécaniciens ne sont pas en meilleur état, malgré la présence à bord d'une lampe alimentée par l'huile de morse et à la flamme de laquelle ils viennent se griller les doigts.
Une pareille situation n'est plus tenable et présente en outre de réels dangers. Il est convenu, en conséquence, que les mécaniciens se relayeront de trois heures en trois heures, et s'en iront, à tour de rôle, s'atteler à la bricole.
Le capitaine également. Il sera suppléé par le second et le lieutenant qui prendront à chacun leur tour sa place.
C'est que l'immobilité un peu prolongée est horriblement pénible pour l'homme, à moins qu'il ne soit abrité contre le vent, soit par une hutte de neige, soit même par une tente, et littéralement enfoui sous des fourrures. Alors seulement son organisme peut résister à une telle déperdition de calorique, ou plutôt empêcher suffisamment cette déperdition.
Les marins le sentent si bien, qu'ils demandent toujours à marcher, et prient pour que les haltes de jour soient abrégées.
Quand le vent est un tant soit peu violent, les souffrances deviennent intolérables, même à température égale. Ainsi un froid de −35° que l'on supporte bien par temps calme, est atroce quand souffle la brise.