C'est ainsi qu'au moment du goûter, par exemple, les matelots à peine immobiles se sentent gelés jusqu'aux moelles. Alors commence une gymnastique enragée qui fait rire en dépit de tout et que le Parisien a dénommée: la danse des ours.
Et de fait, les attitudes, les contorsions de ces hommes velus, dont le visage est presque invisible, rappellent à s'y méprendre les mouvements balourds de maître Martin.
Le froid écourte nécessairement la halte, la marche est reprise après une hâtive absorption. On se repose en marchant moins vite!
Le 15, marche forcée. Le froid de −35° accélère l'allure et la glace est excellente pour le traînage. Résultat: seize kilomètres!
Le 17, Dumas tue un lièvre polaire dont la familiarité cause la perte.
Beaucoup plus grand que le nôtre, et dépassant même parfois la taille de celui d'Allemagne, le lièvre polaire est, pendant l'hiver, d'un blanc d'ouate qui le fait confondre avec la neige. Les sens de la vue et de l'ouïe paraissent peu développés chez lui, et il se laisse parfois littéralement marcher dessus sans pouvoir se décider a déguerpir.
Tel celui qui détala devant le cuisinier, s'assit gravement à vingt-cinq pas sur son derrière et se mit à lisser son museau avec ses pattes.
Peu touché de cette confiance, Dumas le fusilla impitoyablement, le déshabilla de sa fourrure en un tour de main, et l'incorpora tout chaud au mélange de lard et de pemmican.
Il suffit d'une heure de cuisson pendant laquelle on battit rageusement la semelle; mais, aussi, quel régal!
Ce jour-là, on parcourut douze kilomètres.