—T'as avalé de la neige.
—Oui!
—A ton idée, matelot.
«T'es le maître de toi, après tout... sache seulement que si tu largues ton amarre, ça sera ta faute.»
Le pauvre mécanicien n'a donc pas pu, malgré les instances les plus vives, résister à cette souffrance plus terrible encore que celle qui torture les voyageurs perdus au milieu des solitudes calcinées du Sahara.
Ces derniers sont en effet totalement privés d'eau, tandis que les voyageurs polaires en sont environnés sous forme solide. Ils n'ont qu'à étendre la main, qu'à ouvrir la bouche pour étancher cette soif qui leur corrode les muqueuses.
Il leur faut donc une réelle force d'âme pour endurer la souffrance elle-même, et résister à l'envie furieuse de la faire cesser, du moins passagèrement.
Comme il a été dit précédemment, celui qui cède à la tentation de manger de la neige est condamné à d'épouvantables souffrances.
Après un soulagement immédiat, quelques instants d'apaisement délicieux, un frisson rapide saisit l'homme qui se sent gelé, claque des dents, s'immobilise comme si ses artères et ses veines charriaient des glaçons.
En même temps, ses gencives, sa gorge et sa langue s'enflamment, se gonflent au point qu'il est menacé de suffocation.