Le capitaine et le docteur, emmitouflés comme de véritables Groenlandais, sont montés sur le traîneau de maître Hans Igalliko, leur pilote, aussi habile canotier que cocher incomparable.

Sur chacun des autres traîneaux, une paire de matelots costumés aussi en ours polaires, fument avec entrain et s'entourent d'un nuage de tabac.

Le «colonibestyrere[2]» de Julianeshaab [3] remplit les importantes fonctions de starter, et tient, au bout de son bras levé, un fouet groenlandais en guise de drapeau.

«Etes-vous prêt, capitaine? demande en mauvais anglais le starter improvisé.

—Go ahead!» répond le capitaine qui se courbe en avant pour éviter le choc du départ.

La lanière détonne comme un coup de pistolet, les chiens bondissent, et... un éclat de rire homérique s'échappe de toutes les fourrures indigènes qui se dandinent, se tordent, pendant que les bottes trépignent et gigotent éperdument.

Quatre marins viennent d'exécuter en arrière une triomphante cabriole, et sont restés affalés, jambes et bras écartés, au beau milieu de la neige.

«Bagasse!... Pécaïre!... Nom d'un d'là!... Pétard!...»

Quatre jurons de provenance gasconne, provençale, normande et... disons parisienne, retentissent avec un ensemble comparable à celui des chutes, et se confondent avec les rires fous de la population, et les claquements de fouet du starter qui vocifère à plein gosier.

«Ce n'est qu'un faux départ, dit le docteur qui partage l'hilarité générale.